De Dehli à Kuala Lumpur: L'Inde et la Malaisie
Nous commencions, nous aussi à trouver le temps long avant de pouvoir faire ce nouveau chapitre "Des nouvelles de Kuala Lumpur". Et bien ça y est, nous y sommes. 23.000 km et 7 heures de décalage horaire nous séparent désormais de notre point de départ.
Dans les précédentes "nouvelles de", nous étions arrivés dans la capitale indienne et nous avions alors parcouru par un détour (fort agréable) pour y parvenir le Rajasthan. C'est, après deux mois et demi passés en Inde, l'un des moments les plus agréables de ce pays. Nous avions peut-être dit que le Rajasthan était (trop) touristique, que les Indiens nous alpaguaient sans concession, et pourtant… aujourd'hui, c’est ce qui restera de plus beau, de plus enchantant dans nos souvenirs du sous-continent. Il doit y avoir des raisons extérieures à l'Inde pour que nous n'ayons pas pu (à quelques exceptions près) y être à l'aise. Nous vous (et nous) l'expliquerons au fil du récit.
L'Inde nous a lessivé pendant le temps que nous l'avons arpentée. Non pas que nous y fûmes malades. A part un rhume ou deux, rien à déclarer. Mais il est un principe que nous y avons adopté et qu'il n'était pas toujours facile de suivre : si tu as quelque chose à demander à quelqu'un, cherche d'abord la réponse en toi… Ce qui n'est pas sans rappeler un adage à l'adresse des touristes en Inde qui dit quelque chose du genre : si tu n'avais pas de patience en venant en Inde, tu en auras, si tu en avais, tu n'en auras plus. Du coup, tout est beaucoup plus long en Inde. Changer une lame de suspension de Toytoy met 6 jours, trouver des bonbonnes de Campingaz à Delhi est improbable et recevoir un colissimo en poste restante à Madras… N'y pensez même pas. Ils nous ont rendu chèvre.
Heureusement, nous avons eu quelques réconforts. Déjà, nous étions trois pour affronter l'Inde car Xavier a fait cette partie du voyage avec nous, bien calé à l'arrière de Toytoy.
Il fut un allié et un ami précieux durant ce parcours. Nous lui rendons grâce de ne pas avoir été trop choqué par nos irritations quasi quotidiennes contre tout ce que nous qualifions d'inefficace en Inde. Grâce à nos nouvelles malles bien arrimées sur le toit, nous avons pu nous faire davantage de place à l'intérieur.

De Delhi, nous sommes partis pour Agra et son incontournable Taj Mahal, très tajmahalesque.
Puis vint le tour de la paisible Fatehpur Sikri et sa cité moghole perdue, avant de prendre la route de Bénarès la bien sacrée. Traverser l'Uttar Pradesh en voiture n'est pas une mince affaire. Non pas que la route soit pourrie, ça c’est une habitude, mais le problème est que de nombreuses villes possèdent des hôtels interdits aux étrangers. Très sympa, un concept qu'on adore, dans la même lignée que les droits d'entrée de tous les sites : une dizaine de roupies pour les Indiens, jusqu'à 30 fois plus pour les autres. Imaginez le Louvre à 50 centimes d'euro pour les Français et 15 euros pour les autres, avec carte d'identité en justificatif. Nous préférons nous dire que ce n'est pas comparable. Ah bon ?...
Bref, du coup nous avons fait le trajet en une journée et une bonne partie de la nuit pour arriver à Varanasi/Bénarès à 3h du matin, après avoir périlleusement slalomé entre les théories de camions à contresens et pas éclairés tant qu'à faire.
Ah que les cartes postales peuvent être trompeuses ! Nous voulions voir ce que celles de Bénarès nous ont toujours fait croire. Des avancées d'architecture en escalier plongeant dans le Gange rempli d’une foule de pèlerins bigarrés se confondant les uns les autres parmi les fumées d’encens et des feux (des incinérations des morts) tombant dans le fleuve sacré. Nous nous attendions à un lieu qui nous transporte par une magie surnaturelle. L'architecture, l'encens, les incinérations, la foule bigarrée étaient là, mais il manquait la magie. Peut-être étions-nous trop fatigués par le voyage pour ressentir cette magie fantasmée ? 

Au bord du Gange, en sa "capitale", nous avons flâné, observé, travaillé sur l'un de nos sujets récurrents autour du Monde. Certains "Occidentaux" venus en touristes ne sont jamais "redescendus". Depuis les ghats, il n'est ainsi pas rare de voir des Blancs se purger dans le Gange, la même rivière qui sert de tout à l'égout et de crématorium à une ville surpeuplée. Ce n'est toujours pas là que nous eûmes pu avoir une crise mystique.




Dans la même journée, nous sommes passés d'un des plus fameux lieux de pèlerinage hindou à l'un des plus célèbres pour les bouddhistes : Bodhgaya, où Bouddha aurait eu l'Eveil au pied d'un arbre prétendument millénaire. L'arbre n'était large que d'une cinquantaine de centimètres maximum avec deux ou trois ramifications et haut de trois étages de building, pas plus. Pas de quoi avoir deux mille ans. Enfin bon.
Cette ville accueille des défilés de bouddhistes pèlerins, dont annuellement le Dalaï Lama en personne, et fait se côtoyer des temples érigés par une trentaine de nationalités différentes. Le temple birman jouxte le temple japonais, en face du temple thaïlandais, à quelques mètres du temple népalais, etc. Le grand marché bouddhiste qui s'y tient quotidiennement surpasse de loin en qualité les babioles indiennes qui tentent de s'y mêler.
Après quelques déambulations dans des rues hétéroclites et harmonieuses, nous reprenions la route. Du moins celle qui fait office de… La piste chaotique de Darjeeling nous rappela sans aucune nostalgie la route périlleuse du Kazakhstan. Mais l'excitation provoquée par un séjour à venir à la montagne nous fit avaler ces difficiles kilomètres sans nous abattre.
L'autre stop que nous programmions fut impossible, car plusieurs hôtels où nous nous arrêtions à la nuit tombée ne voulaient encore une fois pas de nous. Les hôtels étaient à chaque fois vides et les réceptionnistes nous narguaient d'un "full, sorry". A la deuxième fois, nous leur avons fait ouvrir toutes les chambres, évidemment vides. Même devant ce fait accompli, nous n'avions que des "Full, sorry" pour nous consoler ! Nous n'y croyions pas et pourtant l'impossible était vrai. C'est bien en Inde que nous avons ressenti le plus de racisme (à vrai dire, la seule fois) envers les Blancs depuis notre départ. Nous avons ici éprouvé ce que cela faisait de se faire rejeter pour notre couleur de peau. Cela n'est évidemment pas agréable et donne une rage qui est difficile à faire partir. Si nous avions dû vivre en Inde, nous aurions été des casseurs de voiture dans les ghettos ou les slums locaux des grandes villes, et vlan. Mais évidemment, ce qui change la donne, c'est que nous avons beaucoup plus d'argent que la majorité en Inde et l'argent ici fait beaucoup. L'argent permet d'être respecté, obéi et de pouvoir jouir de pratiquement tous les droits. L'avantage de l'argent est écoeurant dans ce pays de crève-la-faim et pourtant nous nous sommes servis plus souvent que nous le voulions de cet avantage (bien que souvent fictif). Je crois que ce fut cela le plus difficile à assumer durant ce séjour indien : se voir abuser d'une sorte d'autorité que nous nous octroyions ayant compris bien vite les règles du pays. Nous n’avons pas eu la force d’aller à contre-courant des lois sociales du pays, d'être en quelque sorte patients, et cela même si nous avions des requêtes indispensables pour la bonne suite de notre voyage. Ce fut particulièrement le cas pour faire traverser notre voiture sur le Golfe du Bengale. Nous aurions préféré passer par la Birmanie et ainsi à la fois découvrir ce pays (le deuxième le plus fermé au monde après la Corée du nord) et éviter le coût (psychologique, financier et temporel) du bateau. Et bien ce ne fut pas possible. Pas à cause de la Birmanie, car nous étions sur le point d’obtenir nos visas en 4 jours, mais à cause des états du Nord-est de l'nde, qui ne peuvent être traversés qu’avec une autorisation gouvernementale, obtenue en plusieurs mois aux seuls voyageurs en groupe dotés d’une organisation officielle. Nous n’avons même pas essayé de faire la demande, découragés d’avance. Donc il fallait faire route vers Chennai (anciennement Madras), le plus gros port de la côte est et l'accès le plus direct pour la Malaisie.
Mais avant de descendre la côte, nous ne voulions pas rater Darjeeling, perché dans le bout de terre coincé entre le Népal, le Tibet et le Bhoutan. La route fut épouvantable, et nous n'oserions pas nous plaindre comparativement à Xavier, pourtant bien coincé à l'arrière de Toytoy qui dut rester les dents serrées durant les 30 heures de route.
Pour ce trajet, nous traversâmes deux nouveaux Etats : le Bihar et le Bengale occidental (le Bengale oriental étant le Bangladesh). Le Bihar est l’Etat le plus pauvre de l’Inde et le plus dangereux aussi. Il est fréquent selon les officiels que des voitures se fassent piller. Nous avions alors caché nos deniers dans notre boîte à mouchoirs et arpenté cette route chaotique qui passe par des villages paisibles de paysans avec terre. La mousson fut fructueuse car les récoltes et les travaux des champs étaient abondants. Nous regardions ces paysans travailler au fil de notre route et nous sentions un certain bonheur à comprendre que cette année, ils risqueraient de manger à leur faim et de peut-être aussi rembourser leurs dettes, souvent liées au coût d’une dot ou de funérailles, rarement pris à la légère et totalement ruinant.
La route était belle quand nous arrivions à détacher nos yeux des trous ou des rangées de camions Tata.
Nous n’avons donc rencontré aucun problème, mais aucun hôtel non plus. En tenue estivale avant d’attaquer la route de montagne, nous devions nous couvrir de quelques pulls supplémentaires au gré du trajet pour arriver à la cité du thé.
Ancienne base britannique pour défendre son vaste bastion en ses frontières népalaise, tibétaine et bhoutanaise, Darjeeling est aujourd’hui un havre de paix en Inde.
Tolérante aux différences nationales, religieuses et culturelles, Darjeeling respire la tranquillité. Ses habitants sont gentils, souriants, vifs, généreux et courageux. Ils vivent dans des conditions de vie difficiles, ne s’en plaindront jamais et souriront toujours.
Plantée à 2000 mètres d’altitude, la cité offre une vue imprenable sur les plantations de son thé éponyme et le Kangchenjunga, troisième sommet le plus haut du monde. En traversant les plaines voisines, on peut même y contempler l'Everest et le Lhotse. Une splendeur !

Dans notre hôtel de marbre, on se caillait sévère, même emmitouflés sous des couches de couvertures.
Le défi en valait pourtant bien la chandelle. Plantations de thé (où nous en avons profité pour boire du sublime – et même pour les non amateurs de thé – du Golden Flower Orange Pekoe (or something like that), balades dans les environs, excursion dans le vaste bazar dans le but, notamment, d'écrire un article sur celui-ci, provisoirement intitulé "le marché de la paix", car s'y côtoient Népalais, Indiens et Tibétains sans aucun esprit de concurrence selon la nationalité. Les différences n’étaient, semble-t-il, visibles que pour nous.
La paix qui y règne au quotidien n’exclut pas quelques débordements. Il n’est pas si rare d’apercevoir une tête coupée accrochée à une corde. Ces règlements de compte sont ancestraux et sont souvent d’ordre moral : un voleur, un traître, un autre qui aurait convoité la femme de son voisin, etc. Le titre doit être revu, nous vous rassurons...


Et puis il y a eu une visite du musée de la montagne fondé par Tenzin Norgai au pied duquel il est enterré avec tous les hommages d’une région qui n’oublie pas que ce sherpa népalais fut l'indispensable associé d'un Edmund Hillary à la conquête de l'impossible-et-pourtant.
Et puis il y eut quelques pérégrinations dans le camp de réfugiés tibétains. Un quartier entier de Darjeeling accueille des familles de migrants, regroupées en coopératives artisanales. Emouvant, parce que cet endroit est déserté l’hiver venu, mais seuls les vieux y restent car trop âgés pour supporter encore des voyages. Ces vieux y travaillent, peignent des cartes de voeux de leurs mains tremblantes, sculptent sur des planches de bois les huit symboles de chance bouddhiques pour des décorations de temples (le coquillage de mer pour la bénédiction, le vase pour l’accomplissement des désirs, la roue pour l’atteinte de la perfection, le lotus pour le salut, les deux poissons d'or pour la joie et l’utilité, le parasol blanc pour éloigner les démons, le symbole de la réincarnation, le moulin à prière pour la victoire du bien sur le mal).
Les femmes tissent des tapis et des écharpes d'une incroyable douceur. Nous avons appris les deux mots utiles dans ce genre de contexte où la communication se fait par le regard et les sourires : "Tashidele" pour bonjour et "To Tshi Tsé" pour merci. Nous en avons profité pour acheter nos cadeaux de Noël et même certains pour la famille que nous avons envoyés de la poste de Calcutta. Arriveront-ils un jour ? Enfin passons.
Dans ce quartier où se disputent les rires des enfants, on trouve des photos relatant l'historique de ce camp, de sa fondation dans les années 1950 à aujourd’hui. Et puis, ici ou là, on repère des affiches politiques, réclamant par exemple la libération du futur Dalaï Lama qui, âgé de 11 ans, est le plus jeune prisonnier politique du monde. La Chine le garde en otage et personne ne sait ce qu’il est devenu aujourd’hui. D’autres affiches tibétaines appellent sportifs et téléspectateurs du monde entier à boycotter les prochains JO de Pékin. Coca, Mastercard et M&M’s s’en foutent. C’est ça aussi l’esprit olympique.
Derrière un côté hyper-tendance à militer pour un Tibet libre, dans la même mouvance qu’un éventuel soutien au sous-commandant Marcos pour la cause des Indiens du Chiapas, voire, tant qu’à faire d’une revendication d’une altermondialisation, on oublierait presque que les combats menés ici ou là ont leur importance.
Pour le Tibet libre, c’est pas gagné (encore que le dossier progresse lentement). Des espoirs se font quand même sentir. Evo Morales, un nouveau président ซ issu d’une minorité ป lit-on dans la presse internationale, pour la Bolivie ; Michelle Bachelet, une femme de gauche à la tête du Chili (qui fait tourner celle de notre Zapatera en col claudine à nous). Encore un effort et le monde n’ira pas si mal.
Et puis, après tout la championne junior indienne de tir à l’arc est une fille d’immigrés népalais. C’est sans transition, mais nous nous étions égarés dans nos propos. Paril, ladite championne (faut suivre), nous attendait non loin de là, à Kalimpong pour qu’on l’interviewe dans le cadre de nos portraits d’adolescentes pour le magazine Miss. Une demoiselle épatante autour de laquelle s’est organisée une cagnotte pour lui acheter du matériel homologué afin de participer aux concours internationaux. Pour l’instant, son arc en bambou a été fabriqué par son père. Belle solidarité de toute une région en milieu hostile. On vous le dit, le monde n’ira pas si mal !
Plein d’optimisme, revigorés par l’air frais de la montagne, nous avons même trouvé que Calcutta n’était pas si miséreuse que ce à quoi nous nous attendions. Les rues étaient propres, la circulation fluide, pas de vaches ni de troupeaux de chèvres sur la route, aucun "hallo, vitch cauntry ?" dans la rue, et des restos un peu partout. Nous avions déjà repéré un grand cinéma et un café qui sert du vrai café (de vrais expresso, car il faut savoir qu’en Inde, un expresso est un cappuccino). Nous en avons tout de suite profité pour réserver une place de ciné pour aller voir King Kong et ainsi nous désintoxiqué de notre manque de salle de cinéma. Le film n’en valait aucunement le détour, mais l’ambiance dans la salle était une découverte. Les spectateurs ne freinaient devant aucune manifestation des sentiments que procurait le film : des pleurs, des rires, des oh, des ah, etc. C’était drôle et c’est sympa de pouvoir parler sans complexe quand on est cloué sur des sièges pas stables, et devant un film ennuyant.

La capitale du Bengale occidental se modernise, ce qui signifie sans doute qu’elle écarte la misère en sa périphérie. D’ailleurs, le port de Calcutta regorge de crève-la-faim qui n’avaient sans doute jamais vu de Blancs dans ce quartier avant nous. Par endroits dans le centre-ville, on se croirait dans les faubourgs londoniens. Ailleurs, on se croirait bel et bien en Inde.
Après une escale de quelques jours ici, nous reprîmes la route pour la côte du golfe du Bengale, du nord au sud, direction Madras/Chennai. Une prévision de durée de route d’une bonne semaine pour faire les 1600 kilomètres qui séparent les deux villes. Soit une "très bonne" route. Sympathique aussi car, longeant la côte, nos haltes furent balnéaires. Au bout de trois jours, nous arrivâmes ainsi à Puri, un bon spot du nord-est de l’Inde.
Et oh surprise, le personnel de la pension qui nous hébergeait était d’une débrouillardise étonnante, répondant du tac au tac, anticipant nos envies, etc. Sur la plage, et comme on est en Inde, rien n’est comme ailleurs, on trouve des vendeurs de tout, sauf des vendeurs de glace. Des vendeurs de colliers et coquillages, mais aussi des vendeurs de poissons frais et de poissons cuisinés, et encore des massages sur la plage. Un bon concept !
Un petit coin de bonheur jusqu’à ce que nous nous apercevions qu’il nous manquait un passeport dans nos affaires. En appelant l’hôtel où nous résidions à Calcutta, nous apprenons que le passeport oublié à la réception de celui-ci est dorénavant entre les mains du commissariat New Market de Calcutta. Le plan d’attaque est simple : il suffit de les appeler pour qu’ils l’envoient soit au consulat de France de Chennai, soit au commissariat de Chennai. Simple n’est pas indien. En les appelant, ils ne savent d’abord pas s’ils l’ont. A force de les appeler pendant huit heures d’affilée, ils finissent par ouvrir le tiroir devant eux et nous confirmer le pire : ils l’ont. Nous leur suggérons poliment l’envoi. Déclin de la proposition. Ils l’ont eux, ils le garderont tant que son titulaire ne viendra pas le réclamer en personne. Nous en avisons donc ledit consulat qui les appelle à son tour pour officialiser la demande. Sans succès. En dépit des explications du consulat leur précisant qu’un passeport est propriété de son ambassade/consulat et non d’un commissariat, les poulets ne démordent pas. Sans réfléchir davantage, nous sautons dans le train de nuit pour Calcutta. Matinée au commissariat, où le temps est plus long qu’ailleurs. A la question "Are you happy now ?", on a manqué de peu l’incarcération. Affaire classée. Retour le soir même à Puri par le train de nuit dans l’autre sens. Deux occasions de prendre le train dont on se serait bien passé…

De Puri, nous avons poursuivi donc notre route vers Chennai. Nous y sommes parvenus en 4 jours avec rien d’essentiel à raconter sauf peut-être que dans l’Orissa, il y a de fameuses tortues qui viennent du Costa Rica pour pondre leurs ufs sur les plages de l’Orissa. Ces pauvres tortues font alors au moins deux fois le trajet du Costa Rica à l’Inde, soit en traversant tout l’Océan Pacifique, pour que leurs ufs soient à l’abri. Et pourtant, ici aussi les tortues s’échouent par centaines sur les plages, à cause des filets des pêcheurs et de la chasse à la tortue, bien que celles-ci soient mieux protégées ici.
A 100km de Chennai, nous sommes interpellés par un cri dans la nuit "Hé, les parisiens !!!". Stop. Dans le noir, sur le ซ moyen ป côté, une voiture accidenté qui est rentrée dans un talus planté au milieu de la chaussée à 120km/h (de ces talus surgissant de nulle part et qui ne nous manquent pas). Jean-Louis a visiblement le poignet cassé et attend (sic) une ambulance depuis une heure dans le noir. L’ambulance, ce fut nous. En route pour l’hôpital, nous apprenons qu’il dirige le supermarché indien en face de chez nous à Paris. Etonnante rencontre. A l’hôpital, nous patientons avec lui pour attendre les conclusions médicales. Il doit être opéré. Nous lui conseillons d’écourter son séjour en Inde et de rentrer dans les 24h à Paris pour s’y faire opérer. Pour nous remercier de ซ tout ça ป, notre blessé nous invite à passer ce qu’il reste de la nuit à son hôtel qui n’est autre que le Hilton. Rendez service ! On s’attendait à une pension lugubre et endormie. Pas pour cette fois. Après un dîner bien arrosé avec notre hôte, nous regagnons nos chambres et prenons un bain monumental avant de nous endormir plein de quiétude.

Chennai commençait bien. Surtout pour affronter la délicate question de la traversée en bateau pour nous et surtout pour Toytoy. Impossible pour nous, les liaisons pour passagers entre l’Inde et la Malaisie n’existent plus depuis quelques semaines seulement. On tente bien de s’incruster sur un cargo. Illusion vaine. Nous devrons prendre l’avion.
Pour l’heure, nous devons nous occuper de l’embarquement de Toytoy, donc de toutes les formalités administratives. Cela prendra le temps record de deux semaines. A chaque week-end de ce laps de temps, nous partons pour Mamallapuram, station balnéaire entre Chennai et Pondicherry qui s’apparente pour nous dans ces méandres administratifs à un coin de paradis. Plage, fruits de mer et vrais steacks-frites au resto français du coin. Bonheur…


Les retours à Chennai sont toujours de vraies corvées. Toytoy est enfin dans un container prêt à partir pour une traversée de 4 jours.
Nous organisons notre départ deux jours plus tard. L’avion sera à 2h30 le matin du 24 janvier. Après une attente de plusieurs heures dans un aéroport lugubre, nous enregistrons enfin et passons les douanes. Ou plutôt ne les passons pas. Nous sommes refoulés car clandestins. Un concept indien. Les douanes ne comprennent pas notre visa indien qui est en fait (nous venons encore d’en avoir la confirmation) valable 6 mois à partir de la date d’entrée sur le territoire (qui fut le 3 novembre) entre le 25 août et le 25 décembre. On tente évidemment de leur expliquer cette situation certes atypique car nos visas ont été faits au Kazakhstan, que nous sommes arrivés par la route et partons par un aéroport… Tout ça ne rentre pas dans les cases. Retour nocturne à Chennai. Annuler le billet d’avion, en reprendre un, passer au bureau de l’immigration (mais on veut émigrer !), fournir un bottin de documents que nous n’avons pas. Insister, trépigner, rester courtois, attendre, photocopier, faxer, téléphoner, rester courtois, rester courtois bordel de merde. 48h, très peu de sommeil, le moral dans les baskets à penser à Toytoy qui doit nous attendre quelque part ailleurs, et beaucoup de bureaucratie après, nous nous apprêtons à reprendre le même vol que précédemment. Le cur serré, nous passons (bel et bien cette fois-ci) les douanes et embarquons pour Kuala Lumpur. Notre ange-gardien de l’agence de voyage nous préparait une belle surprise en nous surclassant gratuitement en business class. Très classe.
A peine arrivés en Malaisie, nous nous rendons à Port Klang pour récupérer Toytoy, comme nous, saine et sauve. Tout est bien qui finit bien.

Kuala Lumpur a poussé au milieu de la jungle et ressemble à ces affiches futuristes où la nature prend le pas sur la ville… Epatant, accueillant, fascinant. On a envie d’embrasser tout le monde, leur gentillesse aidant ; notre sortie de l’Inde aussi ! Et le monde n’ira pas si mal…
Prenez soin de vous
Jane et Nico

La galère du mois : Le refoulement aux douanes de l’aéroport de Chennai
Le confort du mois : La nuit au Hilton de Chennai, sa baignoire et ses quatre oreillers en plumes d’oie
Le bonheur du mois : Le réveillon de Noël à Darjeeling
La recette du mois : Les fruits de mer sur la plage de Puri
Le sourire du mois : La bonne humeur de Xavier
Le voyage raconté aux enfants

Dis-le en bahasa (Malaisie)
Bonjour et au revoir se disent "Selamat pagi" et "Selamat Tinggal" (pour une personne qui reste) ou "Selamat jalan" (pour une personne qui part)
Merci se dit "Terima kasih"
Oui se dit "Ya"
Non se dit "Tidak"
Pardon, excusez-moi se dit "Maaf"
Je ne comprends pas se dit "Saya tidak faham"


