Promis, on ne fera pas le bilan de ce long chapitre asiatique qui nous a mené des Alpes au Pacifique, par-delà les Carpates et l’Oural, en zigzagant dans la steppe kazakhe, à travers les sentiers du Pamir et du Panchir, puis, frôlant l’Himalaya, se laissant glisser le long du Golfe du Bengale. Promis, on ne vous fera pas subir tout cela. Pour résumer avant de faire plus détaillé et donc plus long, la majeure partie de cette partie de notre périple en Asie fut plutôt tranquille, reposante et tout confort. Par contre, vers la fin et particulièrement au Vietnam les conditions étaient nettement moins agréables, le trip « backpackers », on avait un peu oublié et on était d’ailleurs plutôt content de ne pas trop s’en souvenir.
Nous avons assez rapidement traversé la Malaisie et la Thaïlande. En Malaisie, notre bonheur, motivé aussi par le départ d’une Inde harassante, a été comme absorbé par la capitale, étrange, « grattecielle », fascinante. Au cours de sa traversée, nous avons été attirés par peu de choses et nous n’avons ouvert véritablement nos yeux, nos papilles et nos oreilles que dans les bazars et divers marchés que nous voulions inspecter pour notre série « Bazars du monde ».
Après plusieurs hésitations, nous avons finalement choisi de rejoindre la Thaïlande voisine par la côte orientale. A Cherating, cité balnéaire, nous n’avons que peu profité de la plage pour nous consacrer à différents travaux intello-informatiques. C’est aussi là que nous avons réellement découvert la gastronomie malaise, savoureuse et étonnante : les fruits sont incroyablement abondants et les idées de mélanges de goûts et de saveurs ne sont jamais décevantes (ce qui est rare pour des papilles de Français élevés au Kiri-chips, donc très très exigeantes !). C’est sûr, on était de « bons clients » pour l’apprécier dès lors que tout, sauf les chicken noodles d’où nous sortions [et depuis la question revient sans cesse : est-ce le poulet qui a fait la nouille ou la nouille qui a fait le poulet ?], nous paraissait sublime. Mais quand même. Bon, la Malaisie a un problème de surcharge pondérale, mais l’huile qui sert à tout est bonne. Les madeleines frites dans l’huile, c’est vraiment pas mal. Blague à part, ce n’est pas très sain à long terme, mais comme ça, de passage, c’est très bien. A vue d’œil, un Malaisien sur deux souffre d’obesité. Mais la faute à qui, à quoi : à leur nourriture trop baignée dans l’huile ou à la « junk food » Mac do et compagnie qui sont omniprésentes dans le pays et bien connus d’ailleurs pour les serveuses portant le hijab. Ils n ont pas osé mettre le logo Mac do sur le voile, mais c’est quand même un peu dommage, ça aurait fait une belle photo... (c’est un peu cynique, il est vrai...).
Sur notre route, deux petits bazars nous ont ouvert leurs portes. Le premier est Cukai Market, la première attraction de Cherating (beach) et réputé pour sa « good food ». Nous nous étions préparés pour l’occasion – un déjeuner très léger – pour, qu’au soir venu, nous puissions nous arrêter à chaque stand et goûter toutes les spécialités du pays (poulet et bœuf grillé au saté, le sticky rice étrangement bleu, les madeleines et les crêpes et autres délices).
Le deuxième marché était plus intéressant pour alimenter (si nous pouvons nous exprimer ainsi) notre série d’articles sur les bazars du monde. Il s’agit du marché de Kota Bharu à la frontière nord-est avec la Thaïlande, le plus impressionnant du pays. Il est géré uniquement par des femmes, chose d’autant plus étonnante, que la région est politiquement plus radicale (la Malaisie étant une monarchie islamique) que les autres.
C’est de l’autre côté de la frontière qu’il fait moins bon de s’éterniser. Le Kelantan a une sphère d’influence qui ne s’arrête pas en Thaïlande. Le sud du pays « bouddhiste » est ainsi en proie à des vagues d’attentats et crimes de religion d’un côté comme de l’autre. C’est un peu, mais un peu seulement, leur conflit israélo-palestinien à eux… et les nombreuses victimes qui vont avec : tu as tué mon musulman, je vais tuer tes deux bouddhistes…

Toujours est-il qu’il ne nous est rien arrivé (désolés, c’est pas drôle) et que nous avons franchi la frontière à l’aube sans encombre pour atteindre le même jour Phuket (si vous voulez vous la jouer, prononcez « Pouquette ») à 500 km de là. Nous tenons d’ailleurs à souligner que ce fut la plus agréable et la plus accueillante de toutes les frontières. Les douaniers s’excusaient de multiples fois de nous faire attendre quelques minutes car leurs machines étaient en panne, ils n’ont même pas jeté un coup d’œil de routine dans notre voiture, et à la question : « Faut-il une assurance pour la voiture en Thaïlande ? », ils répondaient, sourire complice, que cela pouvait éventuellement se faire, mais que c’était un peu compliqué. Gentils comme tout, mais faut dire, qu’on sait y faire maintenant avec les flics aux frontières. On arrive tout souriant, clamant haut et fort qu’on est tellement heureux de découvrir leur pays et tout et tout. Aucun stress apparent. Et c’est ça qui fait toute la différence. Et de cela nous n’en sommes pas peu fiers, car pas si loin en arrière, à la vue d’un flic, les poils se dressaient, notre comportement changeait, nous devenions quelque peu agressifs et méprisants. Aujourd’hui, on a compris qu’il y a presque un petit cœur qui bat sous ces uniformes !
Nous avons franchi les routes du sud sous une pluie salvatrice. Cela faisait depuis le départ que nous n’avions pas vu une goutte de pluie, donc pluie de bon augure, laissant présager que du bon pour la suite. Les routes assez sublimes donnaient un premier aperçu des paysages grandioses que peut offrir la Thaïlande. De gros rochers éclatés et recouverts de végétation, plantés au milieu de lagunes translucides, des vallées verdoyantes, nous saluaient à notre passage, roulant quasi sans interruption, sauf pour acheter des cônes Miko vanille nappés de chocolat noir fondu à moins d’un dollar (désolés pour ces détails insignifiants, mais pour nous, ils ne sont pas négligeables) et pour discuter avec deux « tourmondistes » sur la route depuis plus de 2 ans, partis de France comme nous, mais à vélo ! Ils nous ont épaté, ils avaient l’air en pleine forme. En comparaison, nous nous sentions totalement ridicules quand, au moment des au revoir, chacun rejoignit son fidèle destrier. Et quand le nôtre est à moteur et que l’on y monte barbouillé par le cône de glace que l’on vient de s’enfiler, on se sent tout d’un coup peu vaillant, voire des aventuriers bourgeois ou pire nouveaux riches !
Le temps de faire un plein à une station tenue par des « katoï » (travestis) qui nous faisaient chercher une éventuelle caméra cachée tant cocasse fut la scène, et nous arrivions à Phuket. Plus tard, nous comprendrons qu’ici être « katoï » n’est pas une tare ou une honte, mais une qualité. Ces hommes sont totalement acceptés par la société thaïe et sont considérés comme étant des femmes. Il faut les appeler « madame » ou « mademoiselle ». Elles, donc, parlent avec des voix de castra et il n’est pas rare qu’au cours de leurs phrases, leurs voix chutent brutalement d’une ou deux octaves vers le bas. Alors, peu accoutumés à la travestie-attitude, nous étions pas mal amusés mais surtout contents de voir que la perception et le jugement de l’autre est aussi très culturelle et cela nous a conforté dans l’idée qu’il suffit de peu pour que le monde soit dans son ensemble largement plus tolérant à la différence.
Ici, on a pu apprécier un autre versant de l’aide humanitaire importée massivement quelques mois avant et repartie à marée basse. Et la plage à marée basse, ça sent parfois le mazout. Après le tsunami du 26 décembre 2004, les sites – touristiques – de Phuket ont fait l’objet d’une attention sans précédent et compréhensible de la part de la « communauté internationale » et du pouvoir thaïlandais. Des régions et des populations n’ont pourtant pas toutes été aidées avec la même volonté. Non loin de Phuket Town, justement, nous avons rencontré une population à l’écart des plages touristiques. Ici, on les nomme les « Gitans de la mer ». Eux se disent plus volontiers Ruma Raoï Chaoli, originaires d’Indonésie, venus s’installer sur la presqu’île de Koh Siré avant que les Thaïs n’y posent leur drapeau. En acceptant leur conversion au bouddhisme, leurs aïeuls sont devenus Thaïlandais. Peuple paisible, ils s’étonnent aujourd’hui encore que l’aide (2 millions de bahts, 40.000 euros) promise par le gouvernement ait disparu dans les bureaux de l’administration locale. Pour toute aide, ils ont pu néanmoins compter sur quelques voisins venus leur prêter main forte et deux ONG, états-unienne et japonaise.

Comme partout en Thaïlande, le tsunami a ici été perçu comme une colère des esprits auxquels, comme bon nombre de Thaïs, ils croient. Leur peur bleue des fantômes fait qu’ils sont prêts à payer très cher les séances d’exorcisme. Mais ils n’en parleront que peu, de peur de s’attirer leur colère…
Etrange cette opinion publique en Thaïlande : crainte des fantômes, adoration du roi (si vous voulez vous faire lyncher, il suffit de traiter le roi d’enfoiré devant n’importe qui) et dégoût récurrent du premier ministre (pourtant nommé par le même roi après décision du peuple [la Thaïlande est la plus vieille démocratie d’Asie du Sud-est]), et normalisation d’un phénomène étonnant que nous ne pouvons pas éviter ici. Moins sans doute dans le reste du pays qu’à Phuket, l’aspiration des jeunes femmes (nous nous permettons cette généralité car nous n’en avons rencontré aucune qui échapperait à la règle) est de trouver un « farang » (comprenez un étranger), riche forcément, laid bien souvent. Les vieux sont plus convoités car avec un peu de chance ils en feront rapidement une veuve éplorée. Elles ont entre 16 et 25 ans (à 30 ans, elles sont déjà réputées vieilles) s’ennuient profondément entre les cours d’anglais et les leçons de golf payés (tout comme la voiture, le logement, les cadeaux pour la famille, nombreuse, tout ce qui brille, etc.) par un vieux bedonnant qui croit vraiment avoir trouvé quelqu’un qui l’aime dans ce bas monde. Au début, on était surpris par leur comportement à eux, de s’enticher d’une gamine à peine plus âgée que leurs petits-enfants, d’exploiter un système peu glorieux, etc. Et puis, le temps permettant de mieux comprendre les tenants et aboutissants de tout ce cirque, ce sont elles qui sont devenues l’objet de notre incompréhension. La misère à Phuket est inexistante. Le tourisme assure largement l’économie de l’île et quiconque le veut peut y trouver un boulot convenable, diplômes ou pas. Faire (à peine) semblant d’aimer un gros blanc en tongs-short-marcel pour seule ambition de vie, c’est un peu léger.

D’après ce que nous avons pu en comprendre, ce phénomène participerait à un « carpe diem » encouragé par le roi en personne. Celui-ci, ultra vénéré dans son pays, a ses photos placardées dans les moindres recoins des moindres patelins. Il y a le calendrier avec chaque mois une photo du roi, le roi à la campagne, le roi au bord de la mer, le roi prenant des photos, le roi et sa femme, etc. Le roi, donc, a dit à son peuple de ne pas vivre pour accumuler ses biens, mais pour profiter chaque jour des fruits de ses récoltes. En clair, ne pas se crever à la tâche, mais bel et bien d’en profiter. Du coup, il est fréquent qu’un Thaïlandais (et on est toujours en dehors de Bangkok) qui a bien travaillé un jour, ferme sa boutique le lendemain pour dépenser le pécule remporté la veille.

Le temps de nous poser quelques jours là, nous avons quitté nos adorables convives direction Bangkok via Damnoen Saduak et son marché flottant très réputé en Thaïlande et au-delà. Epatant, surtout, quand, en fin de matinée, des tonnes de gros blancs débarquent des cars pour rouler jusqu’aux barques qui vont les balader au gré des canaux. On verrait presque le niveau de l’eau monter.





Et puis Bangkok, capitale proprette, hétéroclite et somme toute bien agréable, mais pas adaptée pour les balades en amoureux. La pollution et les grandes artères pour rejoindre les différents quartiers de la ville la rendent peu praticable à pieds. C’est donc en métro et particulièrement en skyline train que nous avons parcouru la ville. Option chéro, mais ça fait partie du plus de cette ville. Ces trains futuristes sillonnent la ville dans ses hauteurs, rasant les buildings au niveau de leur 15e étage, abritant souvent des centres commerciaux ultramodernes qui nous ont d’ailleurs remonté le moral un (rare) jour de déprime.

Nous avons donc, comme tout bon touriste, visité le palais royal (très richement orné, il faut le voir pour le croire tant celui-ci brille), le temple du bouddha d’émeraude et nous avons pris les bateaux bus (qui ne sont pas les équivalents des bateaux mouches, car ces premiers sont utilisés comme des transports en commun parmi d’autres). Ambiance moines en tunique safran parmi une foule bigarrée à ras bord (ces moines ne doivent pas être touchés par nos corps impies, pratique que nous ne connaissions pas avant qu’une gentille badaude nous mette en garde, nous voyant nous approcher « dangereusement » d’un de ces groupes d’hommes sacrés). Transport folklo qui aurait pu même être très plaisant si notre esprit avait été moins absorbé par les réflexes à avoir en cas de naufrage : « donc ne pas sauter du côté quai car le remous pourrait nous projeter et nous fracasser le crâne sur le ponton », « nager le plus loin du bateau », « fermer d’ores et déjà son sac mais ne pas trop se préoccuper de ses affaires perso », « jeter les guides et autres inutilités et puis tant pis pour l’appareil photo », etc.). Donc un peu éprouvant, mais encore une fois, tout s’est bien passé, désolés...



Côté culinaire, nous garderons en souvenir quelques bons restos french touch (chauvinisme salivaire oblige), et particulièrement celui de l’Alliance Française, le 1904, avec sa vraie baguette, son brie et jambon de Paris, ou un resto spécialisé dans les crêpes. Des régals de rien. Tout pour que la France ne nous manque pas encore... Il est d’ailleurs amusant de voir qu’il y a des manifestations autour de toute communaute française du monde. C’est sans doute génétique.

Trois nuits passées à Bangkok, étape finale en Thaïlande, nous nous sentions prêts pour une nouvelle aventure, celle que nous appellerons l’aventure cambodgienne, qui est à part, tant par ce que nous en avons vu, appris et par ce qu’elle nous a donné et ce que nous en avons retiré. A peine partis de Bangkok, nous avions déjà hâte d’entrer au Cambodge où nous rejoignaient Cybèle et Nicolas pour une courte mais bienheureuse semaine chez les Khmers.
La frontière entre la Thaïlande et le Cambodge laisse place à une zone de non droit où sont érigés d’immenses casinos en pagaille, rappelant de la sorte que le jeu est interdit chez ces premiers.
Les routes, d’un coup, s’effondrèrent sous les roues de Toytoy et notre kilométrage ralentit d’autant. La lumière était douce, le décor sensible et les gens nous semblaient venus d’un autre monde, transportant des cochons dans des paniers à l’arrière du scooter, ou toute sorte de bric-à-brac en équilibre sur un guidon de vélo. Cela pouvait rappeler l’Inde, mais sans les klaxons, les camions et les routes chaotiques. Nous semblions rouler sur un champ de coton où fourmillent des hommes et des femmes libres et déjantés. Nous étions fatigués, mais heureux d’être au Cambodge, de nous approcher un peu plus de la côte la plus orientale de l’Asie et donc d’avoir réussi au moins le pari d’avoir traversé ce continent en voiture.

Une escale à Battambang s’imposa avant de gagner Phnom Penh, la capitale. Le temps d’un lavage de nos corps et vêtements au grand complet, nous étions fins prêts à accueillir Cybèle et Nico à l’aéroport.



Tourisme d’abord, boulot plus tard. Avec eux, nous avons découvert les rues étouffantes de la ville et ses agréables sites.



Enfin, le terme « agréable » ne sied nullement au musée du génocide. Evidemment très très pénible. Rithy Panh (avec son film « S21 Khmers rouges, la machine à tuer ») en parle bien mieux que ce que nous pourrions en dire. Ce musée était à l’origine un lycée qui a, par la suite, servi de camp d’emprisonnement et de torture à tous les dissidents du régime khmer rouge de 1975 à 1979 et abrite aujourd’hui encore tous ses fantômes. Le mot « dissidents » est un bien grand mot pour qualifier ces prisonniers, car tout le monde pouvait se faire embarquer dans ces lieux de mort pour une multitude de raisons, y compris celles sans motif réel. L’idée du régime khmer rouge était de « laver » le pays de tout ce qui existait afin de créer une société nouvelle dirigée par le « frère numéro 1 », Pol Pot. 1975 était devenue « l’année zéro ». Cette société devait vivre à la campagne et travailler la terre. Elle ne devait pas parler de langues étrangères mais le dialecte khmer utilisé pour parler aux animaux. Les religions étaient bannies, les liens familiaux aussi, car toute l’attention ne devait être portée qu’envers ce régime. Toute personne soupçonnée de ne pas pouvoir respecter ces règles (comme les moines, les intellectuels, les professeurs, les politiciens...) était exécutée sur le champ ou envoyée dans les camps pour une mort plus lente. La force humaine du régime était les enfants très jeunes car ils n’avaient pas été trop formatés par la société préexistante et donc étaient plus facilement malléables pour servir le régime comme il se devait, c’est-à-dire devenir des machines à tuer. Dans le musée actuel, restent les salles de torture et les box de détention dans le (quasi) état de l’époque. Le plus poignant lors de la visite est la vue des photographies alignées les unes à côté des autres de tous les condamnés, hommes, femmes et enfants portant le regard du « condamné qui sait qu’il va mourir » (comme dirait R. Barthes), disposées sur de grands tableaux dans les nombreuses salles utilisées auparavant pour les interrogatoires sanglants. Du camp S21, 7 rescapés seulement. Parmi eux, un peintre, dont les tableaux reconstituant les événements passés dans le camp y sont exposés.
Cette visite est une gifle d’une violence mentale insoutenable. Nous avons tous les quatre pleuré et cela fut notre seule arme pour tenir debout jusqu’au bout.


Mais c’est aussi ça le Cambodge, et c’est peut-être aussi pour cela que nous l’avons aimé... ou encore pour Angkor Wat, la cité d’Angkor, retrouvée au milieu de la jungle par des archéologues français au début du siècle. Aujourd’hui, certains Thaïlandais revendiqueraient la propriété d’Angkor. Faut pas déconner et surtout, que ferait le Cambodge sans Angkor ? Ici, tout passe par Angkor. Vous voyez écrit « Angkor » partout. C’est une marque de bière, un bistrot sur deux s’appelle « Angkor quelque chose », etc. Même le drapeau du Cambodge porte le dessin en son centre de la cité merveilleuse comme pour se rappeler que le riche empire khmer s’étendait, à quelques siècles de là, jusqu’aux Indes.
De Phnom Penh, nous sommes partis tous les 4 à Sihanoukville, station balnéaire du Cambodge avec une mer d’une chaleur incroyable. Chouchoutés, câlinés et dorlotés par Cybèle et Nico, nous y avons passé quelques jours avant de partir pour Siem Reap, rendue célèbre pour son site unescoïen suscité. Grandiose, immense, et vraiment beau, Angkor Wat est étonnant aussi parce que de nombreux édifices y sont en ruine et que les touristes nombreux mais noyés dans la densité sont autorisés à aller à peu près partout à l’heure où l’on évoque la fermeture du Machu Pichu, trop usé.
Le site est très endommagé à cause à la fois de ses conditions environnementales (pluie la moitié de l’année, situé en pleine jungle), de son manque d’entretien et de rénovation et aussi et surtout à cause des immenses fromagers qui semblent ne vouloir planter ses racines jaillissant de la terre qu’à proximité de la pierre et se répandant dégoulinant sur toutes les façades de la cité. Le spectacle végétal est stupéfiant, mais notre sentiment y était partagé entre fascination de l’emprise de la nature sur la culture et révolte face à l’abandon de ce patrimoine. Enfin, soit, que faire ? Le Cambodge est un pays pauvre et ses ressources ne sont que rudimentaires bien que convoitées, notamment, pour son bois. Les dégâts environnementaux causés par la déforestation sont énormes (nous ne vous ferons pas tout un discours là-dessus), mais le problème de ceci est largement la faute du gouvernement cambodgien, lui-même corrompu jusqu’à l’os, qui sous-traite à prix d’or ou dérisoire (cela dépend de quel côté on se place) son bois. Tout le sud du Cambodge est actuellement rasé, qui pourtant, quelques années auparavant, était occupé par des forêts entières de fromagers, qui aujourd’hui ne trônent qu’ici ou là, disséminés et figurant comme des âmes déboussolées et solitaires sur des collines désormais jaunies.













Pour nous remettre de la visite du site d’Angkor sous une chaleur de diable, un fabuleux hôtel nous attendait. Juste pour le plaisir, une photo de sa piscine circulaire…

Le retour en bateau de Siem Reap à Phnom Penh nous fut pénible. Déjà parce que quelques heures plus tard Cybèle et Nico devaient prendre leur avion pour Paris, ensuite parce que le navire était bondé de Sud-africains et Australiens qui transportaient encore plus de bagages que leur propre poids. Heureusement qu’on a inventé les roulettes aux valises.

Pour nous remonter le moral, nous avions notre ami Marc qui nous attendait chez lui pour poursuivre notre séjour cambodgien et les câlins de BBC, la petite chatte de la maison, noire et douce comme de la soie.


Pour tout « problème », Marc était là pour nous aider à le surmonter, avec ses bonnes pistes et idées, sa bonne humeur et son écoute, ses virées nocturnes et de fins de semaines… Par et avec lui, nous nous sommes ainsi retrouvés à faire du ski nautique sur le Mékong, à passer les dimanches chez Romyda et Denis, à faire la très sympathique connaissance de Christine qui a pris grand soin de Toytoy pour assurer son acheminement par bateau de là à Vancouver (merciiii !), de Sybille-la-classe, etc. Et puis, par chacun d’eux, nous en avons rencontré d’autres encore, comme Sora et Jason qui nous invitent à Tokyo avant de nous rendre à Vancouver. Et puis le boulot, sur les archives audiovisuelles du Cambodge, sur la mise en place du procès des Khmers rouges, et puis nos sujets récurrents pour nos magazines d’employeurs.





Le tout nous y a fait passer plus d’un mois, avant de fermer les portes du container à la barbe de Toytoy et nous, pauvres backpackers à tri sélectif, de nous retrouver comme tout le monde dans les bus et trains.
De Phnom Penh, nous nous sommes donc rendus au Vietnam voisin, à Saigon précisément (pour les autorités, il faut dire « Ho Chi Minh Ville »). Itinéraire prévu (et réalisé, ouf) : remonter tout le Vietnam de Saigon à Hanoi, genre deux mille kilomètres dans des trains à 40km/h maximum et des bus guère plus vaillants. Ce pays nous a quelque peu déçu. Bon, il est vrai qu’on n’était pas des « juges » impartiaux dans la mesure où nous étions vraiment charmés par notre séjour au Cambodge et que le Vietnam a allègrement profité de la faiblesse de son voisin khmer pour tout piller chez lui. Tout, jusqu’aux câbles électriques dans les bâtiments officiels. C’était juste avant la guerre du Vietnam, que les Vietnamiens ne nomment jamais ainsi mais, et selon les traductions : « guerre contre l’impérialisme des Etats-Unis envahisseurs ».
Le Vietnam est un beau pays, bien situé. De la mer, des montagnes, des baies réputées dans le monde entier, etc. Mais les touristes et les Vietnamiens (tous ceux qu’on a vu en tout cas) qui travaillent dans le tourisme rivalisent d’antipathie. Les touristes (rappelons néanmoins qu’ici plus que jamais nous en faisions partie) nous ont semblé hautains, fiers, conquérants. Ceux qui s’en occupent, totalement indifférents, à la mode d’une caissière de supermarché harassée par sa journée de travail. Impression désagréable d’être un morceau de viande sur une place publique en temps de famine.

Là comme nulle part ailleurs, nos yeux, pour nos interlocuteurs étaient dans les dollars. C’est dommage, mais nous en sommes arrivés à penser que le Vietnam ne mérite pas tant de ferveur touristique. Jamais une machine sans cœur (Toytoy, évidemment) nous aura autant manqué. L’horreur du backpacker est qu’il ne peut que difficilement éviter le circuit touristique tout tracé, qu’il est obligé de se battre avec les rabatteurs à chaque montée ou descente d’un transport en commun (au moins quand il a son sac à dos en place), et surtout il doit supporter de porter des kilos et de toujours arriver dégoulinant de sueur à chaque nouvelle étape. Et puis, le backpacker est toujours trop épuisé pour chercher des solutions plus originales pour se loger, car il est toujours bourré de contraintes (d’horaires de check out, de train ou bus, de portage de bagages, etc.). En clair, il n y a rien de mieux que de voyager avec sa maison ambulante, chargée de tous ce dont on a (plus ou moins...) besoin, de la trousse à manucure, en passant par le rouleau de scotch ou le pot de Nutella et surtout de sa propre couette, drap et autres coussins moelleux comme il faut. Le backpacker ne doit avoir besoin que du strict minimum et ça, c’est vite, très vite, rasoir.
Pour le reste, vous vous contenterez de ce « no comment » en images.


A Hanoi, nous étions pressés d’en finir car, depuis la confirmation de Sora et Jason, Tokyo nous attendait.
Le lendemain, nous nous réveillions dans la capitale la plus dingue du monde. Dès le trajet de l’aéroport en train et métro, on se serait cru dans la salle d’attente du casting de Popstar. Des djeuns bien propres sur eux.
On osait à peine bouger de peur de mal nous comporter et de choquer les rituels nippons. Pour entrer dans le wagon du métro, il est de coutume de faire la queue, sur le bord, bien aligné dans le sens des flèches. Et puis, une fois installés dans la rame, quand on laisse notre place à une dame, c’est tout le wagon qui s’incline en lançant des « aligato » à tout va. Ils sont trop mignons les Japonais. La foule omniprésente n’est jamais oppressante. Au mot-clé « gomen nasai » (excusez-moi), ils s’arrêtent dans l’instant, prêts à vous conduire par la main au point que vous leur indiquez sur votre carte hyper luxe offerte par l’office du tourisme. C’est qu’on était plus habitué à tous ces objets gratuits.
Dans la rue, le spectacle est saisissant. Souvent, il nous est arrivé de nous y arrêter pour contempler les gens. Chaque pas fut une découverte, tant au niveau des codes comportementaux que des curiosités matérielles. Du bidule qui sert à enfiler le fil dans le chas de l’aiguille sans effort visuel à la laisse pour chien avec lampe intégrée dans le manche, sans parler des portes presque automatiques (presque car automatiques dès qu’on connaît le truc : il suffit de passer la main devant une petite poignée infrarouge, ou, à défaut, de passer pour un neuneu à attendre que la porte s’ouvre), voire qui s’ouvrent seules comme celles des taxis, sans parler des salles de jeux géantes installées dans des buildings entiers.
Cette ville est réellement dingue et ses quelques déviances rock’n roll la rendent vraiment humaine et sympathique. C’est qu’on s’attendait presque à trouver des tapis roulants sur les trottoirs et des voitures volantes dans la rue. Au lieu (presque en plus) de cela, on a réappris à voler les parapluies. En effet, il y en a partout et ne sont à personne. Quand il pleut, il suffit d’en prendre un. Quand il ne pleut plus, on le remet ailleurs et ainsi de suite. Nous, on a trouvé ça génial, au risque de faire sourire Pravya et Denis… Un autre truc qui nous a étonné aussi, ce sont les masques que certain-e-s s’appliquent sur les voies respiratoires. On le savait avant d’y aller, mais c’était étrange de les voir dans la rue. On les trouvait un peu paranos quand même jusqu’à ce que l’explication nous soit donnée : ce n’est pas ne pas pour attraper de microbes, mais au contraire pour ne pas contaminer les autres. Trop chou, non ? C’est pareil dans les toilettes publiques : il n’est pas rare de trouver des affichettes demandant aux gens d’essuyer le lavabo après usage. Résultat : un lavabo toujours clean car il ne viendrait à l’esprit de personne de déroger à la règle. Et puisque nous en sommes aux toilettes, vous avez peut-être déjà entendu parler des cuvettes japonaises ? Le jet d’eau (tiède) orienté selon l’orifice pour « s’essuyer », tout ça tout ça. Et bien sachez que ça c’est la préhistoire des toilettes nippones. Maintenant et en plus, vous avez le siège chauffant et la « sound flush » très pratique quand votre séjour aux toilettes pourrait être trop bruyant. Le truc, c’est que si, comme nous, vous ne bitez rien au japonais, vous risquez fort de vous prendre le « spécial lavage » dans l’œil pensant tirer la chasse. A tout confort son sacrifice…
A Tokyo, chaque quartier est rempli de trucs à faire, qu’on a envie de revoir le lendemain. Le quartier de Shibuya et ses écrans géants, le parc Yoyogi et les Elvis japonais avec la houpette, dansant le boogie-woogie, les boutiques luxes et supraluxes des Champs-élysées locaux, où nous nous sommes attardés dans le Sony building et le magasin Apple (là, nous aurions bien aimé rapporter deux-trois trucs), les musées d’Art Moderne à Ueno… Et puis, il y a aussi les déjeuners dans le quartier des affaires où, entre 12 et 12h45, tous les restos sont pris d’assaut par des men in black et vidés instantanément à 12h45. Et puis tout est bon au Japon. On trouve de tout et tout en mieux.
Pour résumer, Tokyo ça nous a plu. Et les Japonais sont autant de mystère et de grâce qui nous a fasciné et que nous aimerions mieux connaître.

Le hic avec les Japonais, c’est que tout peut prendre d’incroyables proportions. L’exemple canin est assez terrifiant. Outre les canapés en doudou avec gamelles incrustées dans les accoudoirs pour leurs chiens souvent ridicules, il existe, et ça fait fureur, des salons de massage et de « patticure » pour chiens, ainsi que des boutiques de vêtements pour chiens avec un rayon « humain » pour les assortir. Le must, c’est quand même les boutiques de location de costumes pour chiens. Comme ça, les gentils mémaîtres à leur toutou peuvent organiser des soirées costumées pour les anniversaires de leurs chiens avec tous leurs copains du quartier. J’aurai voulu être chien pour voir ça en vrai.
A côté de cela, et comme partout dans le monde, une misère urbaine grandit chaque année. La société nippone reste profondément individualiste et de chômeur, on a vite fait de se retrouver SDF. 7000 d’entre eux (sur les 30.000 que compte le Japon) se trouvent précisément à Tokyo, à « jouer » au chat et à la souris avec la police qui tente de les repousser en périphérie des villes. Ces hommes (plus rarement des femmes) ont presque tous un parcours de travailleur. Style « chute libre » dans l’enchaînement des événements.
De ce Japon, nous ne voulions pas nous contenter de Tokyo et, en dépit du coût de la vie, nous avons fait une virée à Kyoto de quelques jours. On se sentait un peu comme des Sénégalais échoués à Lille tant il faisait froid et que nous venions du chaud (40°C quotidiennement à Phnom Penh…). C’est à vélo que nous avons entrepris la visite de cette sympathique ville aux mille temples échoués çà et là que parsèment autant de jardins japonais. Nous avons eu la chance aussi d’y être au mois d’avril, la saison de l’éclosion des fleurs de cerisier.

Un régal des photographes venus admirer la danse des pétales roses bercés au vent, grande fierté des Japonais. Temples, jardins, cérémonies religieuses, bains japonais, photographier les geishas, tout, nous avons tout fait ce qui devait être fait à Kyoto, la ville préférée des Japonais. Nous, nous avons préféré Tokyo et son dynamisme tandis que Kyoto nous a paru moins top-délire et sans l’âme que nous aurions espérée, comme doucement polie par le temps.
Les papilles ne furent d’ailleurs pas en reste car, même si on ne sait pas toujours ce qu’on mange, au Japon rien de ce que nous avons mangé nous a déçu. Belle perf. Des boulangeries françaises vous en trouvez partout et elles seront excellentes. Toutes les cuisines du monde sont représentées et les Japonais, trop consciencieux, sauront mieux que les Italiens, les Français, les Belges ou les Hongrois sur leur propre cuisine. Le moindre petit resto italien possède toutes les qualités de pâtes (les vertes, les roses, les penne, les chmilbliques et encore).
Tokyo nous manquait déjà trop pour que nous n’ayons pas envie de nous y replonger quelques jours avant de partir pour Vancouver.
A notre retour, nous y avons retrouvé Romyda (de Phnom Penh) et ses sympathiques Daltons d’enfants. Avec eux, d’autres bonheurs nous attendaient puisque nous avons fait la connaissance de ses sœurs San et Pravya et Denis (qui a rendu une virée dans Tokyo by night à vélo inoubliable) et les trois enfants de ces derniers.
A peine vus, nous les avions, malgré eux (!) déjà adopté. A leur tour, ils nous ont tous gâté et chouchouté (on a vraiment une vie dure…), ce qui a rendu les séparations encore plus douloureuses. Ils sont devenus notre petit coin de réconfort. De notre côté, cela nous a prouvé, que, Ouf, et au-delà de toutes les apparences, nous ne sommes pas devenus des monstres associables, car nous commencions à en douter. Il nous arrive encore de bien nous entendre avec de véritables personnes et pas seulement avec notre voiture... Toytoy était déjà en route pour Vancouver. Elle aurait d’ailleurs été vraiment à l’étroit dans les parkings tokyoïtes, son pays natal (on en fait trop ?). N’empêche, avec son côté rétro et massif, elle aurait fait fureur ici !
Un dernier au revoir à tout ce beau monde, notamment Sora et l’adorable petit Nio, et nous reprenions nos sacs direction Narita airport.
Quelques heures d’avion plus tard et un jour sans fin (puisque nous avons passé la ligne de changement de jour ce qui nous vaudra d’avoir eu deux 25 avril 2006 dans notre vie), nous voilà à Vancouver, America. Nous nous languissons du jour très prochain où nous sommes attendus au port pour ouvrir les lourdes portes du container qui renferme notre Toytoy qui nous manque (pour des raisons très pratiques et pas seulement affectives, rassurez-vous). Vancouver est bizarre. Sans doute que le « jet lag » n’y est pas anodin, mais les gens sont blancs, grands, gros et assez laids au bout du compte. Chose étonnante, quand nous marchons dans la rue, les gens peuvent croire que nous sommes de chez eux. Bizarre en effet, ça fait presque 10 mois que cela ne nous était pas arrivé. Et puis bizarre aussi parce que nous venons du Japon où chaque habitant dispose en moyenne de 3 mètres carrés d’espace pour le Canada où chacun a 30 km² moyens (10.000 fois plus!) pour lui tout seul. Tout est plus grand ici, nos repères sont faussés.
Au programme et pour info : récupérer Toytoy (on l’aura compris), aller dans les Rocheuses canadiennes (non loin de Calgary) et taper la bise aux ours des parcs naturels avant de plonger chez les Gringos du côté de Yellowstone, Grand Canyon, Vallée de la Mort, Yosémite et, histoire de voir un peu des humains à qui nous ressemblons donc, Las Vegas, San Francisco, Los Angeles. Après ce sera le Mexique où nous pourrons crier du haut du Popocatépetl : « America latina, te queremos ! », puis tout le centre et le sud de ce continent avec Ushuaïa en ligne de mire. Mais c’est déjà une autre histoire.
Il est temps alors de vous faire nos adieux pour cette fois-ci encore, comme nous l’avons fait au continent asiatique en quittant le Japon.
Prenez soin de vous 
Jane et Nico
La plus grande sensation du mois : L’arrivée à Tokyo et la plongée dans ce monde insensé et sage.
Les larmes du mois : Le musée du génocide de Phnom Penh.
Le confort du mois : On a honte ; on s’urbanise de plus en plus. Ca doit être le syndrome de Tokyo.
Le bonheur du mois : La baignade nocturne dans la piscine circulaire de Siem Reap à contempler les étoiles avec Cybèle et Nicolas.
La galère du mois : Le consulat des USA à Vancouver qui nous proposait un rdv pour le mois de juin pour voir si les USA accepteraient de nous délivrer un visa de tourisme (l’un de nos deux passeports n’étant pas dans leurs normes), tout en nous conseillant vivement de nous le procurer en France… Heureusement, le consulat de France nous a tiré d’affaire après une grosse montée de stress. Ca promet pour la suite chez eux. Mais bon, restons ouverts…
La recette du mois : Tous les trucs bizarres au Japon qui ne ressemblent pas à grand-chose mais qui s’avèrent très bons. Ni noms, ni recettes. Si vous trouvez, dites-le nous.
Le sourire du mois : Y a concurrence : Marc, Romyda, Sybille, Christine…
Le voyage raconté aux enfants
Un (petit) peu d’histoire
Le génocide khmer rouge
Entre 1975 et 1979, il s’est passé un événement tragique au Cambodge. Les responsables se firent connaître sous le nom de « Khmers rouges » (les Khmers étant le peuple historique du Cambodge, et « rouges » parce que c’est la couleur des partis communistes). Peut-être as-tu déjà entendu parler de leur chef ? Il s’appelait Pol Pot et est mort en 1999 dans des conditions restées très obscures. Pendant les quatre années où les Khmers rouges ont fait la loi au Cambodge, le pays a assisté à un massacre sans précédent. Sur les 10 millions d’habitants qu’il comptait, 2 millions ont été torturés puis exécutés. Tout était prétexte à ces massacres. D’abord, les Khmers rouges s’en sont pris à tous les « intellectuels » (tous ceux qui avaient un diplôme, qui parlaient une langue étrangère, etc.), les religieux (nombre de temples ont d’ailleurs été transformés en lieux de tortures) et tout ce qui ressemble à une religion, les citadins qui ont été mené de force dans les campagnes, puis les « improductifs » (du simple myope à l’handicapé) et puis évidemment tous ceux qui s’opposaient de près ou de loin au programme du « Kampuchéa démocratique » (c’était le nom officiel du Cambodge durant ce long génocide). Tout le monde vivait dans la peur et de faux aveux étaient extorqués aux prisonniers. Sous d’horribles tortures, les gens dénonçaient leur famille, leurs voisins et leurs amis ; les Khmers rouges étant persuadés que des agents de la CIA (les services de renseignements des Etats-Unis) ou du KGB (les services de renseignements de l’ex-URSS) se cachaient au sein du peuple cambodgien. Des camps de travaux forcés ont apparu un peu partout dans le pays. Les gens étaient réduits en esclaves, dans des conditions évidemment épouvantables, sous-alimentés. Les enfants étaient « rééduqués » avec tout l’endoctrinement que cela suppose. C’est ce que les Khmers rouges ont appelé « l’année zéro du Cambodge », voulant glorifier ainsi la naissance d’une nouvelle ère. Heureusement, les Khmers rouges n’étaient pas assez bien organisés pour conserver le pouvoir plus longtemps. Suffisamment de temps, trop de temps en tous les cas, pour pouvoir tuer 1 habitant du pays sur 5 en quatre ans.
Aujourd’hui, un procès en chantier
27 ans après ce massacre des Khmers rouges à l’encontre des Khmers, la majorité de ces crimes n’a pas été condamnée par la justice cambodgienne. Ce qui peut poser problème, notamment pour que les survivants et les familles des victimes puissent avoir des réponses aux questions qu’ils continuent de se poser. Tant que la justice, c’est-à-dire la garante des lois d’un pays, n’a pas dit qui avait raison et qui avait tort, il est difficile de pouvoir vivre en paix avec soi-même et avec les autres. Plus étonnant encore dans ce procès qui n’a pas encore eu lieu, ce sont les anciens responsables khmers rouges qui occupent des postes très importants au Cambodge aujourd’hui. C’est que certains se sont repentis (du moins ont reconnu s’être trompés en faisant partie des Khmers rouges) et que le roi du Cambodge a demandé au peuple de tourner la page (même lourde) de cette histoire tragique pour reconstruire le pays. Du coup, la société cambodgienne est partagée entre le désir de ne pas « réveiller » le passé et celui de voir les responsables dans les mains de la justice. En outre, une autre question se pose : qui condamner ? Les responsables, mais qui l’est et qui l’est moins et qui ne l’est pas ? Celui qui donne les ordres ou celui qui les reçoit ou celui qui les exécute ? Le problème est compliqué, surtout que beaucoup d’exécutants affirment que s’ils n’obéissaient pas aux ordres, ils auraient eux-mêmes été tués…
Depuis des années, l’Organisation des Nations Unies (ONU) met en place un tribunal international (c’est-à-dire composé à la fois de juges cambodgiens et étrangers) pour faire le procès de ce régime meurtrier. De cette manière, et en jugeant tout de même quelques chefs incontestables (dont quelques uns sont d’ailleurs en prison), les citoyens du Cambodge sauront qu’un génocide ne doit jamais être excusé et qu’aucun crime ne saurait resté impuni.
Dis-le en japonais
Bonjour se dit Kon nashiwa
Au revoir se dit Sayonara
Merci se dit Aligato
Pardon, excusez-moi se dit Gomen nasaï















































1 Comments:
Hey was just rolling thru wanted to let ya know ya got a cool blog here Nice Job.
1/9/06 00:28
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