REALISE par Jane Birmant et Nicolas Hossard

jeudi, septembre 07, 2006

Des nouvelles de Bogota

De Mexico à Bogota :
Le sud du Mexique, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, le Panama et la Colombie


Nous voilà au début d’un nouveau chapitre du continent américain et du voyage dans son ensemble : l’Amérique du Sud. Toujours le Pacifique à droite et, nouveauté, le début de la cordillère des Andes que nous ne quitterons plus jusqu’à Ushuaia et sa cordillère de Darwin.
Dès notre sortie de Mexico, nous étions effectivement confrontés à l’agitation que les résultats électoraux avaient suscitée. Les partisans de Lopez Obrador se faisaient entendre partout dans le Sud du pays, de Mexico au Chiapas en passant par Oaxaca. A Mexico, des manifestations des plus spectaculaires bloquaient régulièrement les artères principales de la ville. Avec des millions de personnes dont Ruth et José, nous étions sur le zocalo pour entendre les discours du candidat de gauche sous les cris de « no estas solo » ou autre « voto por voto, casilla por casilla ».













L’actualité, même récente, présente AMLO comme un candidat qui n’accepte pas la défaite. Mais en tant qu’observateurs presque neutres, nous nous sommes aperçus que les résultats affichés par chaque bureau de vote ne correspondaient pas aux résultats officiels. Etonnant, d’autant que le parti du président Fox et de son successeur Calderon a refusé, par le biais de l’Institut Fédéral Electoral, de recompter les voix. S’ils sont sûrs de leur victoire, nous continuons à nous demander pourquoi refusent-ils à la moitié du peuple ce nouveau décompte intégral. Et puis en refusant cette inspection, les institutions mexicaines assurent à FeCal un mandat bien glissant…














Le temps de visiter le site de Teotihuacan et de serrer chaleureusement dans nos bras nos nouveaux amis Ruth, José, Camille et Oliver, nous quittions Mexico après trois semaines passées là-bas dans des conditions privilégiées.





























A Oaxaca, le tumulte nous « suivait » avec une véritable guérilla dans le centre-ville entre les autorités et les universitaires rassemblés contre l’une des dernières réformes de Fox. Les touristes que nous sommes furent bien soignés et les manifestants, en nous expliquant leurs revendications, s’excusaient de la gêne que cela pouvait occasionner. Trop gentils ces Mexicains !



Pour nous remettre de tout ça, nous ne pouvions quitter le Mexique sans aller passer quelques jours à la plage. Zipolite, un petit village bien tranquille, fut notre coin de paradis et l’occasion d’évacuer les travaux en attente avant de poursuivre notre route vers le Guatemala et donner ainsi un sérieux coup d’accélérateur.


De Quezaltenango, nous avons rejoint le splendide lac Atitlan et San Pedro, l’une de ses villes alentours et qui affiche partout dans la rue des messages cathos sur les murs à base de : « Le Christ revient, es-tu prêt ? ». On pense savoir qu’ils l’attendent encore, en tout cas on est parti avant pour Antigua en traversant Guatemala Ciudad la bouillonnante. Ville coloniale des plus fameuses d’Amérique centrale, il fait bon flâner à Antigua en dépit du tourisme qui tend à transformer les quetzals en dollars.






Une frontière sans encombre plus tard, nous nous retrouvions à Copan, au Honduras, prêts, comme tous ceux qui échouent là, à nous rendre sur le célèbre site maya. Au petit matin, nous y étions seuls pour la plus grande joie de notre capacité à méditer. Les ruines nous réconciliaient avec le village sans intérêt si ce n’est l’intérêt voué aux touristes. Ca rappelait un peu l’Inde : rickshaw, change money, boat, haschisch… ?

Plein de petites choses insignifiantes mais qui nous rassuraient dans l’idée de tailler la route. Pour éviter une autre capitale, Tegucigalpa en l’occurrence, notre halte suivante fut une vraie bourgade de province latino-américaine du nom de Comayagua (que Windows ne semble pas connaître), son église et sa place en étoile.

Au Nicaragua suivant, les arrêts se firent plus plaisants. Au fil de notre route, nous en apprenions davantage sur l’histoire tourmentée de ce petit pays. Aujourd’hui, l’homme de la rue n’évoque que peu la guerre fratricide orchestrée par la CIA. Mais les rues de Leon ou de Granada sont couvertes de peintures murales rappelant le passé sandiniste du pays.




Granada fut un lieu idéal pour passer un trentième anniversaire dans, une fois n’est pas coutume, la suite d’un petit hôtel bien bien confortable, un festin de roi et un vrai gâteau au vrai chocolat. Détail insignifiant sans doute pour vous, mais pour des drogués comme nous, le vrai chocolat n’en est pas un dans ce voyage.




Puis le Costa Rica dont on peine à parler… Que dire ? On s’est arrêté à El Coco, prétentieux, cher, sans grand intérêt si ce n’est cette photo type carte postale « coucher de soleil sur la plage » :

Bon, on n’a peut-être pas tout vu de ce pays dont on entendait tellement de bien, mais de ce qu’on a vu, ça donnait pas tellement envie d’en voir plus. La route, elle, toujours la panaméricaine, ne nous décevait pas. Belle, en bon état, des paysages relativement variés. Elle est bien cette route que nous empruntons presque incessamment dans cette descente du continent.



Plus tard, elle nous mena au Panama et notre halte à Boquete, juste derrière la frontière. On avait l’envie, a posteriori saugrenue, de se dégourdir les jambes. Du coup, on a ressorti de nos malles les sacs à dos, la tente, les sacs de couchage. Remontés à bloc, nous entreprenions la montée du point culminant du Panama (3800 mètres quand même pour ce plat pays qui est le leur). Il paraît que du sommet on voit le Pacifique et l’Atlantique. Il paraît seulement parce qu’après huit heures de marche dans des pierriers sans grand intérêt et une nuit sous la tente (on n’a plus 20 ans), le brouillard nous attendait au sommet. Mais bon, ça défoule et ça permet d’aérer les sacs.





Le nord du Panama nous permit pourtant de faire une belle rencontre. Non loin de là, nous nous sommes rendus dans un village habité par une vingtaine de familles croato-panaméennes. Venus au Panama au milieu du siècle dernier pour achever la construction de son canal, des ouvriers croates sont devenus agriculteurs dans les terres du nord, choisissant de rester ici plutôt que de subir le titisme. Tous ont épousé des Panaméennes et leurs enfants sont souvent fiers de cette double appartenance. En poussant la porte d’une de ces maisons, nous avons rencontré Monika et son mari Mohammed (aujourd’hui le cinquième musulman à venir s’installer au Panama !). Un moment fort, beau et émouvant. Merci ! Dommage que nos calendriers respectifs ne nous aient pas permis de nous recroiser à Panama City.

Dans la capitale justement, nous nous sommes attelés à un exercice qui nous est désormais familier : trouver un container et un cargo pour Toytoy direction Carthagène car il n’existe pas de route entre le Panama et la Colombie. La province frontalière du Darien est jalousement gardée par les guérilleros, au plus grand bonheur des compagnies aériennes et maritimes.








Après plusieurs prospections au sein de différentes compagnies, nous avons fait la rencontre de Rainer et Karin, un couple autrichien qui voyage en caravane Volkswagen à travers l’Amérique et avec qui nous avons pu partager un container de 40 pieds. On s’en fout un peu en fait. Mais à Panama City, une ville épatante à découvrir, on a surtout rencontré 4 drôles de beaux gars, Matthias, Florient, Pilou et P’pa Hervé qui voyagent aussi à travers l’Amérique et dont nos routes risquent bien de se recroiser souvent dans la descente.

Dès Carthagène nous les avons retrouvé. Chouette ville que LA ville touristique de Colombie, et un petit vendeur de glaces à se traîner par terre. Que pub lui soit faite !





Après cinq jours passés à Carthagène dont le dernier consacré dans son intégralité à se frotter à la bureaucratie colombienne pour récupérer Toytoy. On sait, la phrase n’est pas finie, mais juste pour dire que la bureaucratie colombienne, c’est un peu comme la bureaucratie cambodgienne : une rigueur russe avec l’organisation indienne. Un vrai bordel pour avoir dans le bon ordre les 17 formulaires et leurs 54 tampons, sachant que les bureaux se trouvent à trois points opposés de la ville. On a tout de même réussi l’exploit à arriver à l’ouverture (8h) et boucler le tout à la fermeture (18h30). Ouf.


Bon, on reprend, après Carthagène, nous avons fait route avec les Pim, Pam, Poum et Pouf suscités jusqu’à Medellin. Sans encombre, si ce n’est que nos amis de la flicaille ont bien tenté de nous racketter un peu, histoire de.

Medellin bouillonne à flanc de montagne, forte de ses 3 millions d’habitants et de ses bordels à ciel ouvert. A peine le temps de s’imprégner de cette métropole au passé tourmenté et au présent tumultueux, nous faisions route vers Bogota où nous attendait la famille de Santo « mon Pote ». Chemin faisant, les nombreux barrages militaires nous rappelaient l’état de ce magnifique pays pourtant en guerre depuis un demi siècle. Rares sont les pays à afficher : « Roulez tranquille, votre armée nationale est là ». Une campagne qui a assuré à Uribe, le président sortant, d’être réélu dès le premier tour. Mais ce que les affiches ne disent pas, c’est qu’à 17h, l’armée n’est plus là. C’est « l’heure des Farcs », comme ont coutume de dire les Colombiens et personne ne s’aventure plus sur les routes à cette heure. Notre sagesse nous fait avancer cet horaire d’une heure, car la ponctualité n’est pas le fort de nombreux Colombiens...




La famille de Santo, Marta, Esperanza, Francisco et Jaime nous a réservé le meilleur des accueils. Notre séjour à Bogota sera bref car Médecins du Monde nous attend à Lima à la fin du mois de septembre, mais intense.






Indépendamment de l’intérêt touristique de la capitale, nous devons boucler un papier pour Clara Magazine [le magazine de Femmes solidaires, dont on vous recommande chaudement l’abonnement !] dans le cadre de notre chronique « Portraits de femmes autour du monde » sur l’une d’elle qui nous a littéralement bouleversé. Rosa a déserté la guérilla après avoir combattu cinq ans dans les rangs de l’ELN et se consacre désormais, par le biais de son association, à la réinsertion des démobilisés à la vie civile. Un cri d’espoir dans un pays trop malmené.


Prenez soin de vous et à bientôt.


Jane et Nico

La douceur du mois : Le chouchoutage de Marta, Esperanza, Francisco et Jaime à notre égard. Un bonheur de douceur.

La claque du mois : La rencontre bouleversifiante de Rosa, de sa famille, de son quartier.

L’effort inutile du mois : La montée au sommet du volcan Boquete.

La bonne surprise du mois : Pleins, autour d’un certain anniversaire auquel vous êtes nombreux-ses à vous être associé.

L’improbable du mois : La rencontre de Monika et Mohammed, passionnante et inattendue.

La mauvaise surprise du mois : Le manque de diversité apparent entre les pays d’Amérique centrale. Une certaine lassitude entre le nord du Guatemala et le sud du Costa Rica.
Le « on s’en fout » du mois : Le Panama ne fait pas partie des accords frontaliers entre les pays d’Amérique centrale.

Le chiffre du mois : 97. C’est le nombre de nationalités différentes qui ont participé à la construction du canal de Panama, ce qui a valu au pays le surnom de « nouvelle Babel ».


3 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Bonjour Jane,
Un peu par hasard, et puis parce que j'en avais entendu parler,je viens de parcourir votre joli blog.
Quel beau voyage et quelle drôle de manière d'avoir de tes nouvelles après tant d'années !
Je vous souhaite plein de bonheur. Je t'embrasse
Roxana

11/9/06 21:03

 
Anonymous Anonyme said...

Coucou les voyageurs venant du nord

Nous sommes des voyageurs venant du sud et je cherche des infos pour la Colombie. J´ai lu votre blog mais j´aimerais bien en savoir un peu plus sur le shipping de la voiture, le prix...et ensuite, vous passez par le venezuela et le bresil ?
Si vous avez une minute, pouvez vous me faire signe ? Dá eilleurs, theoriquement, on va se croiser...
A bientot
Marie-Anne et Olivier
www.laroutedesmers.com (ma.badel@laposte.net)

27/9/06 17:48

 
Anonymous Anonyme said...

chère jane !

Je viens de découvrir ton blog et tes aventures... j'ai lu le voyage afghan avec passion ! je suis très heureuse pour toi, c'est admirable et magnifique ce que vous faites !
je pense fort à toi.
ps: j'ai eu un bébé ! il a 3 mois et demi, il s'appelle Paul !

Juliettegoudot@yahoo.fr

12/12/06 14:13

 

Enregistrer un commentaire

<< Home