L’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Hongrie, l’Ukraine, la Russie et le Kazakhstan
« Nous sommes partis ! », enfin partis ! Quel bonheur de pouvoir se ressasser sans fin cette phrase qui était interdite avant d’avoir franchi le col du petit Saint-Bernard (première frontière, franco-italienne) de peur que cela nous porte malchance. Nous sommes donc partiihhs. Quel soulagement mais aussi quel… ,enfin tout ce qui nous attend derrière ce col du petit Saint-Bernard, col du même nom que ce gros chien des montagnes goguenard et pataud. En route toute vers l’Est, pour qu’un jour cela nous mène vers l’Ouest.
Les deux premiers jours nous n’osions pas nous regarder. Trop paralysés par la projection de notre gigantesque projet qui, aux heures du départ, nous paraissait un peu fou.
Nous avons passé les deux premiers jours en Italie. Camping en plein cœur du mois de juillet. Si proches, un nouveau monde déjà rencontrer… Nous nous sentions en vacances comme tout le monde à ce moment-là et à cet endroit-là. Les Italiens conduisent comme des fous, à fond sur la bande d’arrêt d’urgence. Doubler par la droite ou la gauche, quelle importance. Nous nous disions alors que cela nous mettrait dans le bain, pour plus tard, pour l’Inde par exemple, mais rien de concret encore. « C’est bien nous y allons crescendo, et puis on a le temps », nous disions-nous. Mais le temps file et nous voilà à peine partis et déjà au Kazakhstan. La distance qui nous sépare de la France est conséquente (quelques sept mille kilomètres et vous nous semblez alors tous un peu flous, mais tous très beaux.
Puis la Slovénie, la Croatie, la Hongrie et l’Ukraine où nous vous avons écrit. La Slovénie c’est un genre de Suisse aux contours slaves, en moins riche, cela va sans dire. Ils ont la cool attitude mais la ferme conviction que le travail paye. Dynamique et accueillante, la Slovénie est un petit coin de paradis. Un peu coûteuse somme toute, mais tout se paye dans ce bas monde
En Croatie, nous nous sommes arrêtés deux jours à Zagreb, « invités » par la famille Dekaris. Dragan Dekaris, le neveu de Joseph Dekaris, père d’Esther Cybèle Birmant, a épousé Beba. Ils ont eu deux filles Ana et Iva. La première est mariée avec Alan et ont eu un petit Max.
Nous étions chargés par Félicité Dekaris, femme de Joseph, d’apporter des cadeaux pour le premier-né. Alors heureux de remplir un tel contrat qui, inutile de le préciser, depuis Paris nous paraissait difficilement réalisable, car nous n’avions aucune certitude sur les étapes que nous entreprendrions. Nous avons été accueilli avec la chaleur que seul le lien filial peut fournir à des illustres inconnus, ou connus uniquement par le biais de photos vieilles de vingt ans. Nous aimions imaginer quelle différence y aurait-il eue si nous avions été des usurpateurs.
Ensuite la Hongrie et Budapest car à part Buda et Pest rien de grandiose à souligner.
A Partir de l’Ukraine, Toy-Toy nous a fait quitter les routes pour nous entraîner au hasard des chemins de terre. Camping sauvage (photo1 en Crimée du nord, avec la Mer Noire en toile de fond)

L’Ukraine, heureuse surprise après vous avoir écrit. La Crimée… Avec des villes aux noms d’accords, de batailles et de boulevard parisien.
Les Criméens ont le sourire étonnamment facile, comme s’ils manifestaient par là même un peu plus leur autonomie (car la Crimée est une « République autonome d’Ukraine ») vis-à-vis de leur pouvoir officiel. Là, nous y avons trouvé un petit havre de paix, avec un resto qui plonge sur la Mer Noire. (photos 2 et 3, les bô-gosses au resto)


Puis la Russie, le cauchemar depuis Paris qui s’est finalement prolongé dès le premier pas sur la fameuse et soi-disant attachante terre russe. Rien de beau. Du moins sur notre axe : Rostov sur le don – Volgograd (ex Stalingrad) – Astrakhan.
Des usines sur tout le Sud, des êtres désagréables et froids. Tous très blancs et très baraqués. Nous avions un visa de quatre jours que nous avons obtenu tant bien que mal pour finalement n’y rester que deux jours. Si nous avions pu, nous y serions restés même moins longtemps, mais le premier jour s’est révélé être un parcours du combattant. Nous n’avions qu’un but, fuir au plus vite cet endroit sinistre et angoissant. L’envie de fuir venait surtout des barrages de police russe postés à tous les 20 km qui arrêtent les voitures et particulièrement étrangères. Nous n’y avons pas échappé et cela dès le premier jour et dès les premiers 20 km foulés sur le territoire russe. Nous avons en fait beaucoup appris de ces flics. Le fonctionnement est clair. On commence par l’intimidation, puis par l’exagération du problème et pour terminer par un « arrangement entre amis ». Ce système permet au « criminel » de débourser plus facilement un maximum d’argent. Nous avons cédé 20 euros, et nous ne recommencerons jamais plus, à des flics qui nous menaçaient brutalement de nous mettre en prison (pour des raisons de numéro de moteur et de papiers de douanes incorrects que nous avons signés naïvement sans avoir pu comprendre ce qu’il y avait d’écrit…).
Arrivés au Kazakhstan. Changement radical de décor. Franchis la frontière au coucher du soleil, nous avons foulé les terres d’Asie centrale la nuit. On vous passera les détails des formalités. Au fil de la route des chevaux et des chameaux sortaient des nuages de poussières que Toy-Toy produisait derrière elle sous le regard attentif des aigles postés sur chaque borne de notre route.
Le Kazakhstan n’était, il y a quelque temps pour nous, qu’une destination lointaine, que nous ne connaîtrions sûrement jamais. Et pourtant nous y sommes. Nous nous sentons enfin dans le voyage, des aventures qui nous attendent à chaque intersection. Nous avons dormi pour cette première nuit sous un ciel étoilé non loin de la route, mais au milieu d’un désert de steppes sablonneux. Nous avons près de 3 000 km à faire avant Almaty, où nous projetons de nous arrêter une quinzaine de jours, le temps d’obtenir tous nos visas jusqu’à l’Inde et de peut-être passer par la région du Xinjiang (Chine) au lieu du Tadjikistan, Afghanistan et Pakistan.
Les routes ici sont chaotiques. Nous avons pour la première fois utilisées les quatre roues motrices de notre Toy. La photo 4 (prise lors d’un arrêt de réflexion, du genre « c’est où qu’on passe ? ») vous fera mieux comprendre…

Il y a sur les deux premiers mille km que nous traversons, quelques villes qui ont poussé au milieu du désert. Des villes de pétrole, où tout est cher et luxueux. Mais dès la sortie des villes, le décor retourne à son état de nature délabré. La chaleur est tenace car il souffle ici un vent brûlant et poussiéreux. A notre deuxième escale, moites et rompus par la fatigue car roulant sans cesse afin de trouver une ville avec un hôtel (ou un bouge quelconque) où les chambres ont un prix raisonnable, nous nous sommes arrêtés dans une ville, au premier abord macabre, du nom de Makat. Tout s’est avéré plus doux et charmant après avoir pris une douche qualifiée de « gigantesque » car se trouvant dans une grande salle d’eau de Hammam, les douches ont un jet d’eau fort. Nous nous sommes lavés au gant de crin, et propres comme des sous neufs, nous avons arpenté la ville et bu un demi litron de la délicieuse bière locale. Un peu éméchés, nous avons décidé de rester deux jours ici pour profiter aussi de la chaleur des gens. Ici, tout le monde se présente en nous tendant une main chaleureuse et en nous servant un de leurs plus beaux sourires qui laissent apparaître leur rangée de dents en or, qu’ils ont tous à partir de la trentaine. Une mode peut-être ? Leur état d’esprit viendrait de leur héritage nomade qui leur donne une ouverture d’esprit à nul autre pareil.
(photo 5, une famille d’Aralsk au complet, séance photo après nous avoir offert le thé et la pastèque de bienvenue)

Nous pensions alors que le Kazakhstan se limitait à être la poubelle de l’ex-URSS dont le pouvoir central faisait des expériences gigantesques. On a pu voir ce qu’entraîne l’inversion du sens d’un fleuve se jetant dans la mer d’Aral pour irriguer les champs de coton dans le cadre du programme « culture des terres vierges » de Khrouchtchev (conséquences : disparition progressive et rapide de la mer, dérèglement climatique et du coup problèmes sanitaires et écologiques graves). Photo 6 (bateau échoué dans le désert à 200 bornes de la mer d’Aral)

Mais aussi le « formidable » cosmodrome de Baïkonour d’où décolla Youri Gagarine et plus récemment la station Mir (qui n’atterrit pourtant pas là…). Armstrong et Collins quel dommage, on vous croyait dans le jazz…
Mais au sud du pays, commence un deuxième Kazakhstan. De notre trajet, il apparaît vers la ville de Turkestan (photo 7) :

Les steppes sans fin laissent place à des plaines de montagnes irriguées et donc verdoyantes. Almaty se rapproche de nous (ou l’inverse) et les sommets kirghizes se dressent au loin. Le climat est bien plus clément. Le soir, nous sortons même une « petite laine »… (photo 8, les montagnes traçant la frontière du Kazakhstan avec le Kirghizstan)

Bon, voilà pour cette fois. Nous sommes donc bien arrivés à Almaty où nous faisons une pause d’une bonne semaine pour réviser nos boulons et ceux de Toy-Toy et pour les démarches administratives pour les pays suivants. En principe, nous devrions nous rendre au Kirghizstan (et le traverser d’est en ouest et du nord au sud) pour Irkechtam (à la frontière chinoise). De là, si les Chinois le permettent (sic), nous traverserons l’incroyable province du Xinjiang pour rejoindre le Ladakh puis l’Inde pour une boucle de plusieurs semaines ou mois, inch allah…
Nous sommes heureux de vous avoir parmi nous, dans nos pensées et dans nos cœurs. Pour ceux qui comprendront, nous voulons aussi vous dire que nous n’avons pas pu rendre un hommage à feu M. Henri Dunant, citoyen helvétique et venu mourir glorieusement en Ukraine ; que nous ouvrons bien grand nos yeux ; que nous avons hâte de connaître les hôtels Accor de Hanoï ; que nous allons photographier tous les animaux rigolos que nous trouverons sur notre route ; que le bouquin « Tout ce que j’aimais » était une merveille (pleuré deux fois au moment que tu imagines Nath T.) ; que la « cinquième femme » nous a donné un avant goût de la Suède que nous ne connaîtrons pas durant ce voyage ; que « L’homme averti en vaut deux » fait toujours son effet ; que nous ne changerons jamais et qu’enfin si les médicaments que nous avons à bord ne nous suffisent pas, nous sommes sûrs de pouvoir compter sur notre ange gardien.
La plus grande sensation du mois : Se perdre dans les couloirs soviétiques de l’hôtel Pasazh à Odessa.
Le bonheur du mois : la salle de douche de l’unique hôtel de Makat (Kazakhstan)
La galère du mois : la police russe qui suit tout un protocole d’intimidation convaincante lors des contrôles intempestifs.
La recette du mois : le sandwich à la vache qui rit et sa tomate.
Le sourire du mois : revient au rictus des chameaux de notre route désormais asiatique. (photo 9)
Le voyage raconté aux enfants
Petites infos sur les chameaux ?
Les chameaux que tu voies sur la photo vivent dans les déserts. Les déserts peuvent être de sable, de roche, ou de végétation broussailleuse et sèche (les steppes). Dans toute l’Asie centrale (qui commence au Kazakhstan et va jusqu’aux portes de l’Inde), ce sont généralement ces steppes que nous trouvons en route. D’ailleurs le plus grand désert du monde s’y trouve : il s’agit du désert de Gobi dont la majeure partie se situe en Mongolie.
Les chameaux ont deux bosses, tandis que les dromadaires n’en ont qu’une. Pour s’en rappeler, le mot « chameau » contient deux syllabes et a deux bosses… Mais attention, le dromadaire n’a pas trois bosses ! Les chameaux et les dromadaires peuvent facilement vivre dans les déserts secs car ce sont des animaux très résistants à la chaleur. Leur organisme leur permet de conserver une grande quantité d’eau qui leur permet de ne pas boire pendant plus d’un mois ! De plus, le dessous de leurs pattes est plat (comme les éléphants), ce qui leur permet de ne pas s’enfoncer dans le sable.
Ces qualités ont fait d’eux des compagnons particulièrement importants pour les populations nomades. Il n’existe aujourd’hui plus beaucoup de nomades dans le monde, car leurs descendants ont adopté un mode de vie sédentaire, au contact des grandes villes. Par exemple, au Kazakhstan, les Kazakhs étaient avant la colonisation russe (l’empire soviétique) à 90% des nomades. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 5%.
Un (tout petit) peu d’histoire
L’homme le plus connu ici et chez nous est l’empereur et guerrier Gengis Khan qui a conquis le Kazakhstan au XIIIème siècle. Il est très célèbre car il est celui qui a dominé le plus grand territoire jamais constitué par l’homme. devant Alexandre le Grand (qui lui a été le premier à prendre possession du Kazakstan au IV ème siècle avant Jésus-Christ).
Plus tard (au XVIIIème siècle), ce fut la Russie qui s’en empara jusqu’en 1991 au moment de l’éclatement du bloc soviétique. Le Kazakhstan est aujourd’hui enfin libre et il peut se rappeler que le mot « Kazakh » signifie dans leur langue « guerrier libre ».
Dis-le en kazakh (si tu y arrives !)
« Boujour » se dit « salamatsyz be », « au revoir » se dit « qosh-sau bolyngdar » « merci » : « rhakmet » et encore plus difficile « comment allez vous ? » se dit « khal zhagh dayyngyz qalay ? » et plus facile pour répondre « je vais bien » : « zhaqsy ».
Leur langue d’origine a en fait disparu et on n’en conserve aujourd’hui aucune trace.
Petite astuce
La syllabe « stan » signifie en français « pays » donc les pays comme le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Turkménistan ou l’Afghanistan veulent dire : pays des Kazakh, des Kirghiz des Turkmènes et des Afghans.
Jane et Nico. (photo 10)
