Le sud de la Colombie, l’Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili et l’Argentine
On vient, on vient. Désolés du retard… C’est qu’on a fait beaucoup de route depuis Bogota et que les longs stops que nous fîmes furent très studieux. Nous voilà donc à Buenos Aires où nous prenons enfin le temps de cette mise à jour.
Dure épreuve que de devoir reprendre toutes nos aventures depuis Bogota, mais exercice de mémoire satisfaisant pour nous. La preuve indéniable que nous avançons dans le temps et dans l’espace, que nous vieillissons et que nous nous enrichissons, que cette marche en avant ne sera jamais perdue, qu’elle sera précieusement gardée en nous et dans une moindre mesure indélébile, car inscrite sur ordinateur et dans nos petits carnets. Ce voyage ne sera pas sans fin, puisque nous nous sommes fixés un ultimatum de retour et un tracé quasiment déterminé. Et puisque nulle terre aujourd’hui ne fut pas foulée par l’homme, que les satellites connaissent les moindres fourrés existants, nous savons toujours plus où moins où nous sommes, ce qu’il nous reste à parcourir et pour combien de temps.
L’Amérique est un continent bien accessible par voies de terre, de mer et d’air. Elle n’est pas le continent où il nous faut tout explorer au risque de ne jamais revenir. Bien que séparés de chez nous par l’Atlantique, nous nous sentons ici comme à la maison. C’est un continent qui nous semble proche, pourtant plus isolé de l’Europe que l’Asie ou l’Afrique. Inconsciemment ou non, et pour ces raisons-là, nous avons pris la décision de vivre à une allure plus rapide notre parcours américain afin de nous laisser plus de temps en Afrique, terre moins connue culturellement et alors plus difficile d’accès intellectuellement. Nous y prendrons plus de temps, car nous en avons davantage besoin, pour comprendre ce qu’il s’y passe et s’y sentir bien.
En Amérique latine, c’est immédiat. Bien que les paysages soient à couper le souffle, rien ne nous choque ou nous métamorphose par une explication caractéristique de ce qui nous échappe. D’anomalies, d’absurdités, de corruption, d’histoire abominable, est chargé ce continent. Mais évidemment pas plus que l’Europe. Ce qui ne veut pas dire que nous saisissons pleinement l’histoire et la culture américaines ou européennes, mais inscrites dans notre perception du monde la plus intime, l’Amérique comme l’Europe ne nous transcendent pas autant qu’une autre sphère culturelle que peuvent être l’Inde, le Japon, l’Asie centrale, l’Asie du Sud-est ou que seront l’Afrique et le monde arabe. Ce que nous voulons dire c’est que l’Amérique et l’Europe sont deux continents frères appartenant à la même « civilisation » culturelle : les mêmes religions dominent, la même origine linguistique (pour ce qui est des hispanophones), les codes et les valeurs se ressemblent.
Nous pouvons dire que ce continent traversé aura été pour nous comme un moment de répit, où nous contrôlons moins nos faits et gestes, car notre regard sur les autres et leurs regards sur nous sont plus neutres, moins enclins à la différence et à une communication mal interprétée.
Alors, nous n’avons pas tout vu, nous reviendrons prochainement sur cette terre sœur. Mais notre voyage américain doit avoir une fin, il fallait faire un choix, cruel mais ferme, celui de parcourir plus de 20 000 km en 6 mois. Peut-être certains ne réalisent pas : on vous confirme, c’est rapide. Toytoy tient le coup, elle ne nous a jamais fait défaut, elle est incroyable, nous a sauvé la vie deux fois (et c’est vrai), nous la soignons beaucoup, mais on lui doit bien ça.
- C’est un peu fort jeune homme, on pourrait dire bien des choses en somme.
- Mais ce n’est quand même qu’une voiture, si on en rajoute de quoi on aura l’air…
De Bogota – et vous le savez du coup, tout s’est bien passé sur la route tant redoutée par nos proches –, nous avons traversé la route du Sud jusqu’à Cali et Pasto via Popayán. Des régions qualifiées de « sensibles » par les autorités consulaires, les mêmes autorités qui, et c’est bien là leur rôle, psychotent à la moindre occasion. A croire qu’ils regardent ce qu’il se passe à l’extérieur de leur bâtiment au JT de Pujadas sur TV5 Monde… C’est déjà une autre histoire.
A Cali, où, dixit les propos parfois douteux du Lonely Planet, « on trouve les plus belles filles du pays », nous n’avons que peu séjourné. Pasto était une escale bien sympathique sympathique [sic, l’accent pastuso est comme ça comme ça…].
On se sentait déjà un peu en Equateur par la nonchalance des gens, Equateur où nous nous réjouissions de retourner quelques années après. Quelle déception. On avait en mémoire une sorte de gentillesse généralisable à tout le pays. Pffiut, envolée. A la façon de notre expérience vietnamienne, en Equateur, un touriste est un Gringo comme les autres. Finis les petits gestes et attentions délicates à cet égard. Là, comme partout où il y a du tourisme, nous avons pu vérifier que tout tourisme est voué à devenir un tourisme de masse, et les professionnels des sortes d’agents qui travaillent sur des produits, des marges, des rentabilités. On ne saurait les en blâmer. Dès le marché d’Otavalo, nous sentions cette lassitude s’emparer des commerçants devenus des hypermarchés à eux tous seuls.
Le centre du Quito moderne est ainsi devenu une sorte de « Center Parc » qui donnerait une étonnante image du pays à qui n’en sortirait pas. Même le Vieux Quito est devenu bien fluide avec de la flicaille un peu partout pour rassurer le client. C’est d’ailleurs ici que nous avons été confronté à notre première église payante. Un concept. « Mais, comment, l’air prétendument choqué, la maison de Dieu n’est pas ouverte à tous ? ». Evidemment, on n’y est pas rentré. Si on commence à financer Benoît et quelques, on est mal barré. Surtout depuis qu’il a appelé les « Occidentaux » à faire « revenir sur le droit chemin » les athées et les agnostiques. Nous le soupçonnons de rivaliser avec Jojo Junior pour le prix Nobel des comiques… Bref, de toutes façons, Noinoît il a pas la cote en Amérique latine. Le héros des cathos latinos, c’est toujours JP superstar.

Il faut tout de même ajouter que cette opinion négative de l’Equateur ne concerne que notre court séjour de moins d’une semaine, que nous n’en faisons pas une généralité sur le reste de l’Equateur, et qu’elle ne concerne malgré nous qu’une vision de touristes sur des lieux touristiques. Mais, ces touristes (dont nous faisions partie ici aussi) et les Equatoriens ont-ils d’un commun accord décidé de ne pas bien s’entendre, de faire en sorte d’être « incompatibles culturellement » ? Faux archi-faux, d’ailleurs « l’incompatibilité culturelle » est une croyance et non une vérité. Nulle culture n’est par essence incompatible avec une autre, mais individuellement les gens avaient l’air de vouloir se mépriser les uns les autres. Alors, pour bien être sûrs, tel un pèlerinage, nous sommes retournés sur les lieux que nous connaissions déjà : Otavalo, Quito, Cuenca et Vilcabamba. Pas plus et pas moins. Les lieux touristiques. Mais ce qui l’est moins, ce sont les routes empruntées pour aller de l’un à l’autre de ces lieux. Nous étions arrêtés par tous les postes de contrôle de police, un camion a jeté volontairement sur notre pare-brise une poche de liquide orangé, puis, hallucination ou paranoïa peut-être, mais à deux reprises, on a entendu « Fuck you » dans les rues de Quito. Mais si les gens ou l’ambiance nous a cruellement déçus, les villes de Cuenca et de Quito sont restées envoûtantes. Dans nos interminables marches à travers la ville, nous cherchions toujours les points de vue les plus surprenants.
Toujours plus haut, toujours plus à l’écart de la ville, loin de l’affluence touristique, ces visions en hauteur des villes valent toujours le coup d’œil.
Or sus, de Quito nous avons descendu la vallée des volcans pour nous rendre à Cuenca la paisible et une belle halte dans un hôtel chic faisant face à la cathédrale. Les paysages équatoriens, eux, n’ont pas bougé et sont toujours aussi enchanteurs.
Clopin-clopant, nous avons entamé une longue route à travers le nord du Pérou qui devait nous mener jusqu’à Lima. Pour le coup, le nord du Pérou était vraiment chouette et les Péruviens rencontrés tous hyper sympas avec nous. Le site de Chan-Chan sur la côte, face à la mer. On a adoré !
La ville voisine de Trujillo aussi était vraiment bien. Etonnante aussi l’équipée Ferrari que nous y avons croisée : une quarantaine de gars chargée d’assurer la promo de Ferrari en faisant un tour latino-américain avec deux modèles du constructeur italien et une dizaine de véhicules pour en assurer maintenance et sécurité. Vu les routes, ça doit souvent bricoler.


De là, on a bifurqué sur la cordillère blanche en direction de Huaraz. C’est qu’on pensait aller à Pozuzo avant d’arriver sur Lima. Et même sans avoir de Ferrari, les « routes » étaient vraiment trop douteuses pour que l’on s’y aventurât davantage. Nous irons donc à Pozuzo après Lima et vous découvrirez plus bas pourquoi nous rendre dans ce bled perdu au milieu du Pérou. Revenons à Huaraz, la haut perchée, où se presse régulièrement une foule de grimpeurs et d’andinistes et qui rend le lieu sympathique et actif. Les touristes ne s’y toisent pas des pieds à la tête et leurs conversations sont des échanges de bons tuyaux. On s’y est offert une raclette, une vraie, chez Patrick qui y tient un resto depuis une vingtaine d’années. Une vraie ambiance montagne, qu’on vous dit.La région de Huaraz est habitée en majorité par des Indiens, où quelques villes osent pointer leur nez pour des habitants vivant un peu du tourisme et de leurs plantations difficiles à cultiver sur ces hauteurs. Nous avons été frappés par la diversité de la flore. Des Eucalyptus, que nous ne croyions adaptés qu’au bord de mer, grandissent fièrement à plus de 4000 mètres, d’étranges asperges géantes dressées sur le bord de route ou, devrions-nous dire, des ravins béants. Les routes sont dangereuses, glissantes, vertigineuses. Deux fois nous avons manqué de passer par-dessus bord. Notre réaction fut simple : ah bah voilà, ça y est, on va y passer. Et non, pas pour cette fois, et on n’y compte pas d’ailleurs. Nous avons accru notre vigilance, surtout depuis que nous sommes venus à l’aide d’une grand-mère restée seule dans sa voiture encastrée et à moitié ratatinée dans la montagne, qui était resté seule dans la voiture pour garder les affaires (!) pourtant ensanglantée, la clavicule cassée. La voiture en bouillie était couverte du sang de son mari et de ses petits-enfants… Et aussi, de nos trois amis, partis comme nous à l’aventure de l’Amérique que nous avions rencontrés à Panama City et qui ont vu s’arrêter leur expédition après les trois tonneaux dans la pente que leur voiture a dévalée, heurtée par une voiture ayant cru bon de ne pas s’arrêter à un stop. Pour nous, Toytoy la vaillante peinait tout juste à franchir les cols à 5000m. Avec la pression, on perdait un peu d’eau du radiateur, mais rien de plus.Non loin de là, nous sommes allés à Chavin, sans grand intérêt, mais qui eut le mérite de nous faire faire une escale avant d’arriver le lendemain à Lima.
Et puis, il fallait faire vite, car dans l’ultimatum existe d’autres ultimatums. Il fallait arriver avant le 20 septembre à Lima, pour envoyer à temps un reportage sur la mission de MdM au Pérou sur la sexualité des ados à Lima. Cette pause à Lima obligatoire dans le parcours était salvatrice, d’autant que nous avons été accueillis par celui qui est devenu en un quart de seconde notre ami, Nicolas. On a ri de tout et pour n’importe quoi, tout le temps. Des vrais gamins contents de couper nos routines respectives et de partager nos expériences complémentaires. C’était top. On a même fêté l’anniversaire de la gazelle de l’équipe. C’était surprise, dans un resto hyper hyper hyper classe, visite de site archéologique fraîchement défriché, verre de blanc à la main, trois gais-burachos, incapables de bien se tenir devant cette pauvre guide commise d’office qui s’escrimait à vouloir nous expliquer des choses pas encore vraiment expliquées. « Alors là il y a un vase, on ne sait pas à quoi il servait, ni comment il a été fait, mais il représente sûrement la déesse du feu et de l’eau ». Un truc comme ça qui nous faisait bien rire. Envoyé à temps, ce reportage nous a fait voir Lima sous toutes ses coutures. Sa périphérie où les maisons faites de tôles et de bidons trouvés par-ci par-là ne sont alimentés en eau qu’une fois par semaine, en même temps que les ramassages des ordures et où l’électricité est détournée par les mains habiles de quelques voisins, où les enfants errent dans les rues boueuses et sales et où les filles et les femmes sont souvent enceintes trop tôt. Enchaînement de la misère bien connue et malheureusement pas caricatural. Le centre ville et ses marchés clandestins qui vendent de tout et surtout du faux, comme des faux passeports, des fausses cartes de résidents, etc.
Le quartier de Barranco dans lequel nous étions hébergés, au bord de mer, calme et coloré, fourni en très bons restos. Lima a mauvaise réputation, nous, nous l’avons beaucoup appréciée. Certes polluée, chaude et bruyante à quelques endroits, mais ce ne sont pas les endroits où vivent les gens, c’est le centre historique, que visitent les touristes, de belles places et des théâtres, des centres commerciaux ou le centre d’affaires, ici Miraflores, chargé de buildings et de magasins chics et chers. Au total, une vraie bouffé de citadinité. Parmi les musées, à signaler notamment le Musée de la Nation qui propose pour quelques années encore, et avec le parrainage de la Commission de la vérité et de la réconciliation, une expo de photos de la guerre civile.

Une bonne source d’inspiration pour notre travail sur la mémoire dans les pays post-conflit et une expo aussi belle qu’intelligente. Mais bon, on ne pouvait s’éterniser chez Nico, aussi bien y fussions-nous. D’autant que Pozuzo s’annonçait au programme.
Pozuzo, à 400 km de Lima, derrière la cordillère et au milieu de la jungle, et donc à 16h de route (soupir) a la particularité d’être le siège d’une vieille colonie austro-allemande arrivée là il y a 150 ans afin, notamment, de poursuivre l’évangélisation d’irréductibles Indiens Yaneshas et Aymueshas. Eux aussi en quête d’un Eldorado promis et fuyant la misère tyrolienne de l’époque, les « colons » sont restés pauvres pendant des décennies, jusqu’à ce qu’une piste les relie enfin au monde, c’est-à-dire à la vallée d’à-côté. Les 8000 Pozucinos, dont la moitié sont des descendants de ces Germains d’un autre âge, comptent aujourd’hui sur le tourisme que leur présence encourage. En arrivant là-bas, et en tant que journalistes et sociologues, nous fûmes accueillis par des Schaus et des Schmidt, blancs et grands. Chose étrange, les maisons ont des toits en pente accentuée pour laisser échapper une neige qu’ils ne verront jamais (sauf bordel climatique déjà en cours) puisqu’il n’y fait jamais moins de 28°C.
Les « traditions populaires » sont à l’œuvre un peu partout et ce sont surtout ceux qui ne descendent pas de ces « colons » qui s’y collent. Rien d’étonnant à cela, vous confirmeraient les sociologues que nous sommes, les minoritaires apprennent plus fréquemment les traditions des majoritaires que l’inverse.Après deux nuits passées dans un chalet en bois, des repas austro-péruviens, des visites guidées au musée Schafferer, à la casa tipica au bout du pont « Emperador Guillermo I », etc., nous quittions ce lieu-musée pour rejoindre une vie plus conforme à la norme.
Pour nous rendre à Cusco, le plus simple étant de retourner à Lima, nous fîmes de nouveau route vers la capitale. Nouveau squatt chez Nico. Nouvelles séparations et des promesses (y’a intérêt) de se revoir, pronto. Remis de Pozuzo – Ah, qu’est-ce qu’on ferait pas pour la science ! –, on était fin près à la suite du voyage, fort d’un programme excitant. Pourtant, nous traînions la patte ou plutôt la pédale. Partagés par l’envie de voir tous ces lieux extraordinaires, mais effrayés aussi à l’idée de réaliser ces fantasmes souvent moins beaux que dans les rêves. Dans ces rêves, il n’y a pas de touristes, on contemple sans mal le lever et le coucher du soleil, pas un bruit, pas un chat, la plénitude absolue. Et bien dans la réalité… ce fut totalement… comme ça ! Enfin presque. De Lima à Cusco, du moins quand on est avec un truc de 19m cubes, le plus simple est de passer par Nasca et ses célèbres lignes. Lignes qu’on apprécie d’en haut (une tour de contrôle pour les pauvres, d’un avion pour les riches) d’une tour de contrôle, donc, au risque de les prendre pour des traces de pneus dans le sable.
Escale à Abancay où un pilier de parking trop bas n’a pas résisté à une malle du toit (à moins que ce ne soit l’inverse). Grosse fatigue (resoupir)…L’arrivée à Cusco fut bien réconfortante.
Cusco qui signifie « le nombril » en inca a été découvert par les Espagnols. Tout récemment, on s’est rendu compte que l’ancienne ville était construite en forme de puma, symbole inca. Quelques murs encore des enceintes de la ville sont faits des grosses pierres, celles utilisés par les Incas et typiques de leurs bâtisses qui ont tant impressionné les premiers colons. Une ville aujourd’hui datant presque entièrement de l’arrivée des Espagnols, des ruelles pavées, des petites places encerclant des églises rénovées et très belles, le paradis du touriste aimant la vieille pierre, mais aussi la consommation de tout ce qui ressemble de près ou de loin à du « typical peruvian handcraft ».
Aujourd’hui, la ville est une étape incontournable avant l’ascension du Machu Picchu (nous y reviendrons par la suite). Nous avons trouvé une petite auberge dans les hauteurs de la ville, où même Toytoy ne passe pas. Dans la région de Cusco, bien d’autres sites incas sont a voir, Pisac ou le Sacsayhuaman, mais moins accessibles autrement qu’à pieds. C’est aussi pourquoi le Machu Picchu a su créer sa renommée. Ce paradis peut donc rapidement devenir déprimant pour ceux qui, comme nous, dépriment quand on s’adresse à nous en anglais et uniquement pour nous vendre quelque chose.
Mais heureusement, nous avons fait la rencontre de Patricia. Nous avons déjeuné dans son resto, une fois et la deuxième fois, le contact et l’amitié se sont établis presque immédiatement. Après 3 heures de discussion, le temps passe si vite dans ces cas-là, nous lui proposions d’écrire un article sur elle, une interviewée de choix pour notre chronique « Portraits de femmes autour du monde ». On croit savoir que tous les visiteurs de ce blog ne sont pas encore abonnés à cet excellent bimestriel consacré aux femmes, à leurs droits et à celles et ceux qui les défendent partout dans le monde. Un magazine à suivre, et on dit pas seulement ça parce qu’il nous fait bosser ! Pour vous abonner (pour la modique somme de 31 euros l’année), comme ça vous n’aurez plus de prétexte : Clara Magazine, 25 rue du Charolais, 75012 Paris.Patricia est un cas unique au Pérou. Athée, mariée, divorcée, remariée, jeune entrepreneuse, défenseuse des droits des femmes, protégeant ceux des Indiens victimes de discriminations graves, elle a décidé de retourner vivre au Pérou, ici à Cusco sa ville natale, après un séjour de 5 ans à Paris, pour justement faire avancer son pays trop conservateur et bafouant les droits des femmes et des Indiens. Le Pérou, pourtant moderne, loin d’être musulman (pour ceux qui croient encore que seuls les pays musulmans sont discriminants pour les femmes), est le 12ème pays le plus en retard sur la question des droits des femmes. Une femme demandant le divorce a pratiquement aucune chance de voir sa cause acquittée en sa faveur. L’homme a tout pouvoir, violence et infidélité ne sont pas des causes suffisantes pour une femme de quitter son mari. Aucune association féministe digne de ce nom n’a encore vu le jour au Pérou. Elle, aimerait pourtant, mais il lui faut trouver du soutien, en créer une. Par contre, elle est sur la voie, ce qui est plus simple à réaliser grâce à la charité chrétienne, plus facile à mobiliser, un orphelinat, et son idée à elle est de le placer dans la selva, non loin de Cusco et particulièrement pour les enfants indiens victimes de maltraitances. Nous, on a eu la chance qu’elle nous raconte toutes ses aventures péruviennes, chez elle, en compagnie de son mari et de ses trois enfants. C’était super, une baignade d’eau douce dans une vraie famille.

Où en étions-nous ? Ah oui, le Machu picchu. Un petit train, sans grand intérêt et cher, mais qui reste le seul moyen d’accéder au site, à moins de faire un trek d’une petite semaine, avec guide commis d’office, pour lequel il faut réserver plusieurs mois à l’avance. Donc un train, plein de touristes comme nous et qui, mais pas comme nous, se barbouillaient de pschitt anti-moustiques. Nous, en faisant un peu les malins, on trouvait étrange qu’ils se barbouillent dudit produit alors qu’on allait à 3000m et que, comme chacun sait, il n’y a pas de bzbz à ces hauteurs. En arrivant, on a compris et vite déchanté : point de moustiques, en effet, mais des mouches d’eau microscopiques dont on garde aujourd’hui encore séquelles et démangeaisons. Un vrai bonheur de souvenir. Pour entacher davantage notre visite du site, il faut encore souligner le bled qui sert de terminus au train : Aguas Calientes, le pays où la vie est très chère. Un simple café coûte 4 euros. Ailleurs au Pérou, même à Pozuzo, un autre ailleurs d’un autre Pérou, le même breuvage est à 20 centimes, c’est pour dire l’écart. Et puis, d’Aguas Calientes, on peut soit prendre un bus, soit monter à pieds les 13 virages en épingle à cheveux. Le bus à 12USD aller simple, ça matraque. De France, ça paraîtra sans doute normal, mais ici, c’est la confirmation que pour des touristes moins riches, comme par exemple les voyages de retraités latino-américains, c’est rédhibitoire. Sans doute aussi que c’est une manière d’écarter les vieux de ce tourisme d’aventure… Bon, une fois passés ces points négatifs, c’était magique d’être là-haut, autant sur le site en lui-même qu’au sommet du Waynapicchu d’où on a une vue impressionnante de la ville inca, d’autant qu’il n’y a quasiment personne qui monte ici. Bon, une fois fait, on était content de le rayer de la liste : ça c’est fait.
De Cusco, nous sommes ensuite partis pour Puno, sans grand intérêt, si ce n’est la route magnifique qui y mène et le lac Titicaca qui borde la ville.
Puis, longeant des paysages lacustres de toute merveille, nous arrivâmes en Bolivie par la petite ville qui a bien grossi de Copacabana. Une lancha, qui a reçu bon nombre de nos prières laïques, devait nous mener, forte d’une Toytoy nauséeuse, de l’autre côté du lac. Arrivés à bon port et ravis de retrouver la terre ferme, nous arrêtions de maugréer sur l’aspect déplorable du spectacle du lac côté péruvien !
Car de l’autre côté, c’est beau, très beau, plus sauvage. Puis nous avons filé vers « la plus haute capitale du monde », si on considère La Paz comme la capitale bolivienne… On était censé trouver quelque encombre sur la route car les mineurs boliviens grondant à ce moment bloquaient les accès à la capitale. Pas celui-là. L’arrivée par l’alto de La Paz était impressionnante et, dès cet instant, nous étions ravis de faire une halte de quelques jours ici, bien que studieuse les trois quarts du temps.
Comment expliquer qu’on se sente bien dans lieu plutôt que dans un autre ? Que lorsqu’on se promène, les yeux s’arrêtent incessamment sur des éléments qui vous surprennent et vous touchent. Rien n’est acquis d’avance dans cette ville. Arpenter les pentes et les montées n’est pas de tout repos, mais on y va toujours quand même sans même réaliser que l’on est essoufflé. Parler aux gens est immédiat. Pas de barrière ni d’a priori bloquant. Tout nous pousse à l’exploration, la découverte des gens et des moindres recoins de la ville. Le marché des sorcières avec toute sorte d’animaux séchés, agneaux, crapauds, lézards, tortues, chats sauvages, autant d’offrandes aux dieux et aux ancêtres, outre les herbes et lotions en tout genre. Les marchés à DVD, lunettes Gucci à moins de 1 dollar. Et la cathédrale sur la place centrale, somptueuse à l’intérieur, toute de bois vêtue et simplement ornée, pas de chichi, c’est-à-dire selon un goût tout relatif qui nous sied, où jouait un guitariste rock, ambiance bistro à l’arrière où les vieux et les vieilles rassemblés par genres discutaient et riaient. Nous avons acheté un tapis, très beau, il sera très chic dans notre salon parisien telle une prise de guerre d’une expédition dure et laborieuse dans le royaume du Pérou, non je rigole. On ne tombera pas dans ce piège-là.








Nous arrivâmes alors de nuit à Uyuni, la ville la plus proche du Salar, manquant à plusieurs reprises de sortir de la piste non éclairée et non balisée. Epuisés, nous trouvâmes refuge dans un petit hôtel sans parking (il fallait en trouver un pour que la voiture puisse aussi dormir calmement) mais avec cheminée dans la chambre. Alors, une heure plus tard, le bonheur ! Après une bonne douche bien méritée direction le lit, mais lit chauffé de la manière la plus agréable, par le feu envoûtant embrassant de ses charmes chaque particule d’air. Le lendemain, inspection de Toytoy, tout va bien si ce n’est que ses roues sont déchiquetées par le voyage, mais tiendront encore le coup quelque temps. Achat de provision, d’essence, et d’une carte – « on ne peut mieux pour le désert », dixit l’office du tourisme. Vous nous voyez venir ? – pour l’expédition de trois jours dans le salar. Nous nous sentions invincibles, prêts à l’exploration. Première étape, le salar en lui-même, tout de blanc vêtu, comme une aberration de la nature. Il y a de cela quelques millions d’années, l’océan passait par là. Les Andes se sont soulevées, emportant la mer avec elles. Après évaporation, une épaisse couche de sel de plus de 60 mètres par endroits s’est entassée ici, à 4000 mètres d’altitude. C’est beau, c’est blanc, les yeux sont éblouis par tant de réverbération, mais c’est splendide. Une impression d’être au-dessus des nuages. Par contre, nous avons été touchés de plein fouet par le réchauffement climatique. A cette saison, il y a quelques années, il pouvait faire jusqu’à moins 20 degrés en dessous de 0. Le thermomètre culminait alors à plus de 12 degrés. Incroyable, très préoccupant ! le camping sauvage idéal ! Après une journée sublime à errer sur cette vaste étendue de sel, nous campions en regardant la télé-paysage s’éteindre avec les derniers rayons du soleil.
Suivant fidèlement notre itinéraire formé sur notre carte « on ne peut mieux », voilà ti pas qu’on se retrouve à des bifurcations de bifurcations qui ne sont pas mentionnées. On sort le GPS pour avoir notre position satellite. Qui ne correspond pas à la carte. Mal barrés. La carte certifiée par l’office du tourisme d’Uyuni est complètement fausse, mal orientée, des routes et des kilométrages erronés. Mais ici, rien n’est jamais totalement perdu, et il est bien connu que plus les endroits sont inexplorés et plus ils sont extraordinaires.






Un soir, alors que nous pensions arriver à un petit lac, nous arrivions en fait à un poste frontière : le Chili. Ca eut au moins le mérite de nous apprendre où nous étions réellement sur la carte !Donc, par hasard nous nous retrouvions à la frontière du Chili, plein nord-est tandis que celle que nous avions planifié de prendre était plein sud !Au bout de quatre jours et trois nuits, les réserves d’eau épuisées, il nous fallait quitter le salar, laissant aux autres, menés par des guides expérimentés, la chance de voir encore et plus de cet immense parc naturel. Au revoir jolie Bolivie.

Heureux de rejoindre la grande d’à côté, l’Argentine, et cela par Bariloche, célèbre pour son Tango. Ah la Patagonie, des kilomètres et des kilomètres de pampa, peuplée de moutons mérinos et de vigognes farouches, de cieux olympiens.


Nous étions plus gais, plus déterminés encore à toucher le bout du monde par l’Ushuaia de nos rêves. Bariloche, la station de ski chic argentine, fut notre première et sympathique halte. A travers la pampa, et sur une piste, tantôt dure, tantôt molle, nous étions un peu seuls au monde pendant quelques jours, à croiser davantage d’animaux plus ou moins sauvages que d’humains.






Un jour pourtant, nous nous arrêtâmes au camping municipal d’un bled du nom de Perito Moreno (à ne pas confondre avec le glacier du même nom et dont il sera question plus bas), tenu par un gars très lynchéen. Un peu fou, un peu tordu, un peu alcoolique aussi, il fallait à chaque fois le virer poliment mais fermement quand, toutes les dix minutes, il venait se coller aux fenêtres de Toytoy sans rien dire. Un drôle, comme on dirait en Savoie. On se sentit quand même mieux à El Calafate, ville touristique convoitée pour le glacier susmentionné qui s’y trouve. On se tait pour laisser parler les images.


Une vraie et régulière route se déroula sous Toytoy pour nous mener à Rio Gallegos, côte atlantique que nous retrouvions pour la première fois depuis belle lurette. De là, nous poursuivîmes la route pour ressortir de l’Argentine, rentrer au Chili, passer par bac le détroit de Magellan, ressortir du Chili, rerentrer en Argentine. Des démarches un peu absurdes qui soulignent un tracé pourtant vieux des frontières et des lacunes argentines à créer une liaison entre le continent et l’île de la Terre de Feu.
Mais pourquoi on vous raconte ça ? Comme ça. A Rio Grande, on est allé camper au club nautique qui était en plein préparatifs d’un derby de plusieurs jours en kayac. Une soirée super et bien arrosée. A Ushuaia, où il faisait étonnamment chaud (on s’y baladait en T-shirts), on avait un peu l’impression de porter le continent américain sur le dos. Un peu crevé donc, on était quand même bien heureux d’y être, de se dire qu’on était arrivé jusque là en voiture à travers l’Asie et toute l’Amérique. Toytoy la vaillante qu’on vous dit !
Un passage au parc national de Terre de Feu, avec de belles ballades en perspective, et nous remontions sur Buenos Aires, bien contents d’aller nous poser dans la maison de Stef pour quelques semaines.
En remontant la côte, nous n’avons pu résister au plaisir de faire un crochet par la péninsule Valdés. Réserve naturelle connue pour sa faune maritime, en cette période de fin d’année la péninsule abrite en ses eaux calmes les baleines qui mettent bas. On ne pouvait pas rater ça, quand même. C’était magique, beau, inoubliable…
Et puis il nous fallait bien ça de réconfort anticipé pour affronter Mar del Plata, le Saint Trop’ argentin où nous nous arrêtâmes par hasard, le temps d’un sandwich sur la plage. Et dire qu’on a failli contourner la ville pour poursuivre notre montée sur Buenos Aires. Il n’était rien arrivé à Toytoy depuis notre départ, jusqu’à maintenant. En retournant à la voiture, 12 minutes après l’avoir quittée, les deux portes avaient été forcées. Adieu Ipod – notre « autoradio » –, passeport et CB de Nico. Comme diraient nos mères, « mais pourquoi donc laisser ses papiers dans la voiture ? ». Opposition directe à la banque la plus proche, dépôt de plainte au commissariat dans la perspective de refaire un passeport au consulat de France, etc.
4 heures plus tard, nous terminions ainsi notre halte déjeuner à Mar del Plata pour enfin arriver chez Stéphane à Buenos Aires où nous sommes aujourd’hui encore, reçus comme des nababs, comme en témoignent ces photos. On a même fait une virée dans le rio de la Plata avec le voilier de Stef, fait la connaissance d’un autre Nico, « cousin », de passage par la capitale dans son périple, et, quand il ne fait pas trop chaud (désolé !), on se fait toutes les virées en ville qu’il se doit. Dans quelques jours à Rio, pour y passer Noël et Nouvel an, avant d’embarquer pour l’Afrique du sud. Mais c’est déjà une autre histoire.
D’ici là, prenez soin de vous et à bientôt.


La douceur du mois : En famille chez Patricia, à Cusco
L’émotion du mois : La rencontre des baleines et baleineaux en Peninsula Valdés
Les tranches de rigolade du mois : Sans conteste, avec Nico à Lima
Le chiffre du mois : 15. C’est le jour de novembre qui a vu naître une petite nièce prénommée Bianca
La bonne surprise du mois : Les paysages époustouflants des déserts autour d’Uyuni qui tuaient toute inquiétude d’être perdus.
La mauvaise surprise du mois : Le « viol » de Toytoy qui nous a même empêché de finir une superbe glace au tiramisu dont les Argentins ont le secret. Salauds !
Le « on s’en fout » du mois : Christine Boutin ne sera pas candidate.
Le « si ta télé t’éteint, éteints ta télé » du mois : « A vous de juger », France 2, via TV5 Monde, invité : Nicolas Sarkozy. Où il est question de « bandes ethniques » qui manifestent un « racisme anti-français ». Ca sent le bruit des bottes…
Le « si ta télé t’éteint, éteints ta télé » du mois bis : Quand les chaînes en Argentine n’ont pas les moyens d’acheter les droits du foot, ils filment les tribunes tandis que les commentateurs font de la radio
Jane et Nico








































































